« Un acte de pure démagogie, aux conséquences désastreuses pour les personnes détenues comme pour la société », tacle un communiqué du 19 février porté par quelque 33 associations et institutions investies dans le secteur carcéral telles que l’Observatoire international des prisons (OIP), le Syndicat des avocats de France (Saf) ou La Cimade. L’Objet ? L’annonce par le ministre de la Justice Gérald Darmanin d’une instruction ministérielle ordonnant l’arrêt de toutes les activités en prison autres que le soutien scolaire, la langue française et ce qui touche au travail ou au sport. La mesure gouvernementale intervient à la suite de l’organisation d’une activité de socio-esthétique proposée à 20 personnes détenues de la maison d’arrêt de Toulouse-Seysses le 14 février dernier. Une prison tristement célèbre pour son taux d’occupation de… 218 %. Entre désinformation et négation de la situationAlors que ces derniers jours, une polémique médiatique a pris le pas sur la réalité, une enquête de France 3 Occitanie revient sur le fond. « Si une activité esthétique a bien eu lieu, il ne s'agirait pas de massages offerts et de soins du visage prodigués par des professionnelles. En réalité, il s'agissait d'une intervention d'étudiantes en école d'esthétique qui sont venues, bénévolement, donner des conseils de soins », indique la chaîne Franceinfo, sur son site. En clair, aucun massage n’a été réalisé par les intervenantes sur les détenus et la session ne portait que sur le cuir chevelu. >> A lire aussi : Justice des mineurs : « Nous faisons déjà du bon travail avec les outils juridiques actuels » Contactée par la rédaction d’ASH, Dominique Simonnot, contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) est lapidaire : « Le scandale tient à la conclusion du ministre de la Justice, à savoir stopper toute activité de cet ordre. C’est incroyable que dans cette prison surpeuplée dans laquelle grouillent les cafards et où y a de la leptospirose, l’objet du scandale porte sur l’apprentissage de soins dispensés gratuitement. C’est sidérant ! », argue-t-elle. « D’autant plus qu’il est essentiel de soigner son apparence physique pour assurer sa réinsertion ! » Des propos corroborés par les associations du secteur, qui demandent le retrait de la décision gouvernementale : « Le garde des Sceaux choisit une fois de plus de nourrir la désinformation, plutôt que de rappeler la mission d’insertion des personnes détenues confiée à son administration. En se disant “choqué profondément” par “ces activités dont personne ne comprend pourquoi elles existent”, il défend à nouveau une approche exclusivement punitive de la prison, au mépris des principes fondamentaux des droits humains », souligne le communiqué inter-associatif. Déni d’obligations étatiquesEn somme une posture politique opposée aux textes légaux. « Une personne détenue condamnée remplit l'obligation prévue par les dispositions de l'article L. 411-1 lorsqu'elle exerce au moins l'une des activités relevant de l'un des domaines suivants : travail, formation professionnelle, insertion par l'activité économique, enseignement, activités éducatives, culturelles, socioculturelles, sportives et physiques », indique le décret du 30 mars 2022, inscrit au code pénitentiaire. Autant d’attributs nécessaires pour préserver l’équilibre psychologique des individus incarcérés et préparer à la vie civile. >> Sur le même sujet : Ce que les associations reprochent à la loi Attal Si, selon les associations, « l’emballement a déjà gagné de nombreux établissements pénitentiaires, où l’ensemble des activités visées par le garde des Sceaux est temporairement suspendu », les derniers chiffres datant de janvier font état de 1 239 personnes détenues au quartier maison d’arrêt de Toulouse-Seysses, pour 580 places. « J’espère que la décision du ministre de la Justice mourra d’elle-même », pointe la CGLPL. Pour l’heure, aucune nouvelle instruction gouvernementale n’est rendue publique. >>> L’article 411-1 du décret du 20 mars 2022 du code pénitentiaire <<< |
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