Le 1er avril, Nexem organisait une journée thématique consacrée à l’exploration de nouvelles voies pour le financement des solidarités. Un sujet d’actualité alors que le torchon brûle entre les employeurs non lucratifs et les collectivités chargées de les financer. Toutefois, alors que l’instabilité est de mise au sommet de l’Etat et que le contexte international pousse le gouvernement à réorienter ses budgets vers les dépenses militaires, les adhérents de Nexem sont conscients que rien ne se jouera pour eux d’ici à la fin du quinquennat et se fixent donc la présidentielle 2027 comme prochain horizon d’action. Le point avec Alain Raoul, président de l'organisation.
ASH : Nexem semble tenir pour acquis que le système de financement des solidarités est à bout. Comment envisagez-vous de le réformer ?
Alain Raoul : On fait des propositions en ce sens. L’un des problèmes que rencontrent les établissements et services sanitaires, sociaux et médico-sociaux à but non lucratif aujourd’hui, c’est la multiplicité des décideurs. Etat, départements, régions, intercommunalités… Chacun fait un peu ce qu’il veut dans son coin. On le voit aujourd’hui avec le « Ségur pour tous » : certains départements refusent d’appliquer un accord pourtant agréé et étendu. Même chose en protection de l’enfance, où nous rencontrons autant de politiques en la matière qu’il y a de départements pour les piloter ! Et parfois, certains de nos adhérents se retrouvent embarqués dans les rapports conflictuels entre tous les échelons décisionnaires. Alors que ces conflits ne nous concernent pas. Nous avons des associations à faire tourner et des publics à accueillir et à accompagner. Nous avons besoin de cohérence et de concertation. C’est pourquoi nous appelons à la mise en place d’une « caisse nationale des solidarités », amenée à remplacer la CNSA [Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie], dont les fonds seraient alimentés par les multiples financeurs actuels. Elle serait à la fois un « guichet unique » et le seul interlocuteur pour nos structures.
La CNSA serait-elle favorable à ce changement ?
Marie-Anne Montchamp, ancienne présidente de la caisse, et Maëlig Le Bayon, actuelle directrice générale, étaient présentes à notre « journée du financement » du 1er avril. L’idée n’a pas franchement suscité leur enthousiasme, mais au moins la discussion est ouverte. Elle doit maintenant faire son chemin. Mais même si la réflexion ne prend pas, nous avons tout de même besoin d’une refonte du système, de sorte que lorsqu’un financement est accordé, les fonds soient effectivement débloqués. Aujourd’hui, on voit bien que la conférence des financeurs, telle qu’elle existe, ne fonctionne plus puisque sa réunion, qui aurait dû avoir lieu le 1er avril, a été reportée [selon nos informations, cette réunion serait reportée au 29 avril, ndlr]. Pendant ce temps, les acteurs restent dans l’attente. Ce n’est plus tenable.
Vous appelez également à une réforme des « décideurs-payeurs »...
Oui. Aujourd’hui, l'Etat régalien décide des politiques publiques en matière de protection sociale, puis charge les collectivités de les financer sans forcément leur accorder de moyens. Nous demandons de la cohérence entre la ressource et la dépense, et même une forme d’uniformisation des financements. Nous sommes entrés dans une période où tout peut arriver. Il n’y a plus de politiques publiques en matière de solidarité, les ministres et leurs cabinets ne sont pas assurés de demeurer en poste plus de quelques mois et aucune réforme d’envergure n’est à l’agenda. La prochaine grande échéance est l’élection présidentielle de 2027. Et cette fois, nous espérons bien peser suffisamment dans la campagne pour que les solidarités, sujet largement mis de côté au cours des deux derniers quinquennats, soient remises sur le haut de la pile des priorités !
Nexem a lancé le chapitre 2 de son plaidoyer « Humanifest » dédié à la refonte du management des structures. Cela suffira-t-il à redonner de l’attractivité à vos métiers ?
Nous avons la conviction que la seule revalorisation salariale ne redonnera pas à nos métiers l’attractivité dont ils ont besoin. Nos établissements ont besoin de réviser leur pratique du management. Nous n’avons évidemment pas de leçon à donner à nos adhérents, mais ils doivent comprendre qu’il est de leur responsabilité de redonner du sens au travail de leurs salariés en leur accordant davantage de capacité d’auto-détermination, comme cela est d’ailleurs de plus en plus le cas pour les personnes accueillies. C’est ce qui redonnera envie aux jeunes générations de s’engager dans nos professions. Trop longtemps, nous avons calqué nos processus de management sur ceux du sanitaire, beaucoup plus pyramidaux et hiérarchiques que dans le social et le médico-social. Il faut redonner de l’espace à nos salariés et laisser nos cadres de proximité devenir les porteurs du changement.
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Observez-vous des initiatives de terrain qui vont dans ce sens ?
Il existe des structures qui y réfléchissent et qui expérimentent. Au niveau de Nexem, nous les aidons à s’outiller. L’an dernier, nous avons ainsi développé un diplôme universitaire « Leadership et politique RH dans les établissements sociaux et médico-sociaux privés non lucratifs », qui intègre ces nouvelles dimensions du management, en partenariat avec le Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) en collaboration avec les IRTS. La première promotion comptait 35 étudiants, nous avons dû en ouvrir une deuxième !
Le projet de loi sur la simplification de la vie des entreprises comprend un volet sur l’ESS. Des dispositions vont-elles dans la direction souhaitée par Nexem ?
Pour l’instant, nous l’observons avec une certaine crainte, puisqu’à chaque fois qu’on nous a promis une grande loi de simplification, on s’est retrouvés avec une complexité supplémentaire. Il y aurait pourtant des moyens simples pour faciliter la vie de nos adhérents. Ne serait-ce que remplacer le contrôle à priori sur les structures par un contrôle à posteriori. Ce serait déjà un grand bond en avant. De même que de s’assurer de l'application effective des textes votés. Aujourd’hui encore, on voit des financeurs qui s’en affranchissent sans que cela porte à conséquence pour eux. Il faut aussi arrêter de nous submerger de nouvelles obligations sans évaluation préalable de leurs effets. Nous nous réjouissons d'ailleurs que le gouvernement ait accepté le principe de faire de 2026 une « année blanche » en matière de nouvelle tarification des établissements accueillant les personnes en situation de handicap. Cela nous permettra d’avoir une visibilité sur les besoins financiers de ces structures avant d’appliquer la tarification Serafin-PH et d’en faire le vecteur de la transformation de l’offre promise, et pas seulement une réforme tarifaire comme elle en prenait le chemin.