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Missions locales : des centaines de jeunes risquent d’être livrés à eux-mêmes en Paca

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Les Missions Locales

Les missions locales représentent, pour beaucoup de jeunes (16-25 ans), l'unique recours faute de réseau familial ou professionnel.

Crédit photo CURIOS - stock.adobe.com
Au-delà de la cure d’austérité imposée par la loi de finances 2025, l’Etat et les collectivités territoriales ont récemment annoncé un tour de vis supplémentaire menaçant directement les 28 missions locales de la région. Inquiets, les acteurs de terrain anticipent déjà la chronique d’un non-accompagnement annoncé.

« Mon contrat court jusqu’en juin 2025. Il me reste trois mois, et ensuite je ne sais pas ce qu’il adviendra », s’inquiète Lucas Crespon, 23 ans. Après des études en droit non poursuivies et deux années de plomberie, le jeune homme a décidé de se reconvertir. « Je suis suivi par la mission locale depuis trois ans, en passant notamment par un service civique et un contrat aidé », retrace-t-il. Aujourd’hui, il est assistant de production audiovisuelle à la mission locale Salon-de-Provence, en région Sud - Provence-Alpes-Côte d’Azur (Sud-Paca). Il occupe ce poste en alternance et prépare un BTS en communication. « J’aimerais rester mais ça risque d’être compliqué en fonction des financements », regrette-t-il. « Je m’inquiète pour mon avenir, mais aussi pour celui de plein d’autres jeunes que j’encadre et qui sont en service civique, par exemple, complète-t-il. La question des baisses de financements revient régulièrement dans nos échanges ces derniers temps. »

Contexte de hausse du chômage

Si cette question est aussi présente, c’est en raison des dernières annonces concernant les budgets alloués aux missions locales. En région Sud-Paca, les 28 agences conseillent chaque année 160 000 jeunes et collaborent avec 12 000 entreprises. Les coupes budgétaires annoncées par l’Etat et les collectivités territoriales pourraient nettement diminuer ces chiffres. Les missions locales que compte ce territoire risquent de voir leur budget global réduit de 10 %. Soit une baisse de 30 % des dotations allouées par la région, à laquelle s’ajoute la diminution imposée par la loi de finances 2025 à hauteur de 5,8 %.

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« Dans un contexte économique très difficile, où le chômage augmente, ce sont les jeunes qui en pâtissent les premiers », regrette Claude Fournet, président de l’association régionale des missions locales Sud-Paca (ARDML Sud-Paca), et vice-président au niveau national. « Cela se traduit par 350 jeunes par jour qui pourraient ne plus bénéficier d’un accompagnement personnalisé vers l’insertion et l’emploi », alerte-t-il. Et d’ajouter : « C’est une mission de service public que nous menons. Il faut qu’on soit au rendez-vous pour les accompagner. Mais pour cela, il nous faut des moyens qui permettent aux conseillers de travailler. »

Des profils très diversifiés

Dans son agence aixoise, Shakira Kholeegan, responsable de secteur pour l’ARDML Sud-Paca, voit déjà les effectifs se réduire. « Sur l’année 2024-2025, j’ai déjà trois collègues qui étaient en CDD que l’on n’a pas pu pérenniser. Et avec les nouvelles restrictions, je ne sais pas à quelle sauce nous allons être mangés. C’est un climat très anxiogène », confie celle qui travaille dans le réseau des missions locales depuis vingt ans. « J’ai vu défiler plein de profils de jeunes. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas que des jeunes en grande difficulté que nous accompagnons. Ce sont des profils très diversifiés qui vont être impactés », souligne-t-elle. Concrètement, sur le réseau Sud-Paca, selon les derniers chiffres, 38 % des jeunes de la mission locale ont un niveau bac, dont 9 % ayant fait des études post-bac. Les 62 % restants ont un niveau inférieur au bac dont 50 % sans aucun diplôme. D’un point de vue géographique, 17 000 jeunes habitent un quartier prioritaire de la politique de la ville et 6 300 jeunes sont en zone de revitalisation rurale.

Marginalisation

Cette pluralité de profils implique des besoins spécifiques selon les situations. « On travaille sur une approche globale. On peut mettre en place différentes actions de mobilité, d’accès au logement, à la santé, ou de remobilisation. Ce sont toutes ces aides qui sont menacées, en plus de l’accompagnement vers l’emploi », regrette Shakira Kholeegan dont l’un des projets qu’elle coordonne vient d’être mis en attente par manque de financements. « Ces baisses nous amènent à travailler dans un climat qui n’est pas serein. On a du mal à se projeter dans le futur. Cela marginalise encore plus les jeunes. »

>>> Sur le même sujet : Grève des missions locales : "On a été écoutés… mais pas entendus"

De son côté, Erik Sinoussi, délégué général de l’ARDML Sud-Paca, tempère : « Je comprends le besoin de réaliser des économies et que l’on doive participer à cet effort-là, mais je m’inquiète de l’effet domino sur de multiples dispositifs. » Si des discussions sont en cours avec la région Sud-Paca et le ministère du Travail, le réseau des missions locales demande une réévaluation de ces arbitrages. De nouvelles réponses sont attendues à la fin du mois de mars.

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