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Un artiste dans son salon pour lutter contre l'isolement

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female painter using masking tape

Ce dispositif fait dialoguer les auxiliaire de vie sociale, leurs employeurs, les artistes et les personnes aidées.

Crédit photo auremar - stock.adobe.com
[INSPIRATION] Imaginé par l’association Derrière le hublot, le service d’art à domicile, qui propose une expérience artistique à la maison, est autant une rencontre aux accents poétiques qu’un projet coconstruit avec les parties prenantes.

Claudine a 83 ans et vient de Belfort. Un lieu primordial pour elle, dont elle n’a pourtant que rarement l’occasion de parler, maintenant qu’elle vit seule dans le Pays de Capdenac (Lot). Du moins jusqu’à ce qu’elle reçoive chez elle Clément Gy, architecte-dessinateur. Lui connaît cette ville. C’est ainsi qu’il a pu dessiner sous les yeux de Claudine une reproduction du fameux lion de sa terre d’origine. « Elle n’avait pas parlé de ça depuis très, très longtemps », assure Anne Gibergues, l’auxiliaire de vie sociale (AVS) qui accompagne l’octogénaire.

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Désormais, l’œuvre est encadrée et accrochée au mur de la cuisine. Et quand elle n’a pas le moral, Claudine repense à cette rencontre. Ce partage né d’un trio composé d’un artiste, d’une personne âgée isolée et de son AVS est le pari du service d’art à domicile, développé par l’association culturelle Derrière le hublot. Qu’ils soient photographes, circassiens ou danseurs, des artistes d’horizons variés sont invités chez des hôtes âgés pour lesquels l’accès à une vie sociale et culturelle est restreint. Chaque rencontre est unique, puisque les artistes sont choisis pour leur capacité d’écoute et d’improvisation.

Un dispositif expérimenté pendant deux ans

Le projet a germé dans la tête du président de Derrière le hublot bien avant la crise du Covid. Mais c’est le premier confinement qui a fait de son développement une priorité, à l’époque où les voitures de l’ADMR (Aide à domicile en milieu rural) étaient les seules à encore circuler dans les campagnes. Pour donner vie à cette idée, l’association en a sollicité une autre, Vives voies, implantée en Occitanie et spécialisée dans la mise en place de projets qui lient le monde des sciences humaines, de la culture, des solidarités et du design. La phase expérimentale a duré deux ans. Le temps de comprendre les réalités de chaque partie prenante, d’établir un protocle d’intervention et de créer les outils nécessaires pour faire dialoguer les AVS, leurs employeurs, les artistes et les personnes aidées.

A l’image de cette mallette d’objets pensée pour faciliter le lien, ou de cette photo souvenir envoyée à chaque bénéficiaire. « C’était bien de se rendre compte du travail qu’on effectue chez les gens pour construire le projet, explique Anne Gibergues. Nous avons par exemple pu indiquer que certains moments sont moins propices aux interventions que d’autres, comme le matin ou le temps des repas. » Une préparation minutieuse qui fait la spécificité et la valeur ajoutée de ce service : « On n’arrive pas en terrain conquis, on est dans la réalité de ces femmes du lien que sont les AVS. Elles sont les médiatrices du projet », détaille Aurore Carpentier qui coordonne le dispositif au sein de l’association. Et le tout fonctionne : « Les personnes aidées sont contentes qu’on s’intéresse à elles. Et en tant qu’auxiliaire de vie, je trouve très bien qu’on prenne en considération notre travail », assure Anne Gibergues. Sans compter le bienfait de cette présence extérieure, qui lui offre l’occasion d’envisager différemment la personne aidée. « Quand on suit quelqu’un depuis longtemps, c’est parfois dur de se renouveler. Grâce à ces échanges, j’ai amélioré ma pratique professionnelle, en me calant sur la nouvelle dynamique insufflée par la rencontre », assure l’intervenante.

Le bien-être des AVS

Après l’expérimentation de 2021 à 2023, le dispositif s’est déployé en partenariat avec l’ADMR du Pays de Capdenac et Lot Aide à domicile depuis novembre 2023. Anne Gibergues n’hésitera pas à y participer à nouveau. Un accord essentiel, puisque le volontariat de toutes les parties prenantes est une pierre angulaire du projet. Ainsi, le service d’art à domicile « ne peut pas être vu comme quelque chose à faire ‘’en plus’’ dans un métier déjà éprouvant », explique les chercheurs de l’association Vives voies. Mais se veut au contraire un processus participant à la formation continue et au bien-être de ces « femmes du lien ». Désormais, Derrière le hublot organise trois sessions par an, lors desquelles quatre artistes sillonnent les routes du Lot pendant quelques jours. Dès 2025, le dispositif devrait être reproduit dans deux territoires du département voisin de l’Aveyron. Les associations fondatrices se réjouissent de cet essaimage : le programme de formation élaboré dans cette optique est déjà prêt à être mis en application.

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