Perdre son ou ses parents pendant l’enfance pose des problèmes spécifiques d’ordre juridique, psychologique, économique et social. Pourtant, les orphelins sont peu visibles car très peu étudiés. Et ceux confiés à un proche, appelé « tiers de confiance », encore moins.
Des enfants et des proches invisibles
Tel est le constat qui a présidé à l’étude de Bernadette Tillard, Coralie Aranda et Lucy Marquet, chercheuses au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), unité de recherche du CNRS.
Dans leur rapport, diffusé cette semaine par l’Onpe (Observatoire national de la protection de l’enfance), elles se penchent sur le parcours de ces enfants orphelins de père et/ou de mère en protection de l’enfance ainsi que sur les soutiens apportés aux personnes qui en ont la garde, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais.
Moins de suivi éducatif que les autres enfants confiés
Arrivés chez leur proche parce qu’ils n’ont, la plupart du temps, plus de lien avec leur parent survivant, ces enfants y restent longtemps – plus de sept ans pour un quart d’entre eux – et sont accueillis en fratrie dans 25 % des cas. De plus, les orphelins bénéficient moins souvent d’un suivi éducatif que les autres enfants placés chez un tiers de confiance (38 %, contre 55 %).
Le proche accueillant est plus fréquemment issu de la lignée maternelle que paternelle, et plus jeune que dans les autres situations : il s’agit moins souvent d’un grand-parent que d’un oncle, une tante, un frère, une sœur ou un membre de l’entourage non apparenté.
Des proches modestes et isolés
Loin d’être meilleure que celle de la population générale, la situation socio-économique des personnes qui s’occupent de ces enfants se rapproche plutôt de celle des familles suivies par la protection de l’enfance : deux tiers sont des foyers monoparentaux sans emploi au moment de l’enquête. Malgré leur situation économique difficile, près d’un quart d’entre elles ne savent pas qu’elles pourraient bénéficier de l’allocation d’entretien.
L'étude souligne ainsi l’isolement de ces familles et le manque de connaissance ou d’intérêt à leur égard de la part des services sociaux. Ces proches accueillants « reçoivent très peu d’aide administrative et de soutien dans l’exercice de leurs droits (…) et subviennent aux besoins de l’enfant sans contrepartie, malgré leurs conditions de vie souvent modestes ».
Sensibiliser les travailleurs sociaux
Plusieurs recommandations sont émises par les chercheuses, parmi lesquelles la mise en place de groupes de parole, l’attribution automatique de l’allocation d’entretien au tiers de confiance jusqu’aux 18 ans de l’enfant, ainsi qu’une meilleure formation et sensibilisation des travailleurs sociaux à leur situation.