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INTRODUCTION

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La contention s’ancre dans un lourd et long passé puisqu’elle existe « depuis l’origine du traitement des maladies mentales » comme nous l’explique D. Friard dans son article Attacher n’est pas contenir (1). Dès l’antiquité, la question du contrôle physique est abordée et divise les soignants sur ses modalités d’application. Celus Aurélien, médecin, recommande de « faire usage de lien si les maniaques sont agités, mais sans leur faire mal, en protégeant leurs membres de flocons de laine d’abord, en plaçant le bandage sur eux après » (2) alors que d’autres comme Celse, autre médecin de l’époque, estimait qu’« un traitement brutal avait pour effet de faire sortir, par la peur, le malade de sa maladie » (3). D. Friard rappelle que « cet antagonisme [.] entre contrainte et patience, entre soin et contention a perduré, d’une façon ou d’une autre à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui (4) ».
Au Moyen Age on retrouve des patients dont les soins sont prodigués au sein même du foyer familial, « les moyens de contentions permettent alors non pas d’isoler, mais maintenir le fou dans sa famille ou dans sa communauté » (5).
Il est possible de faire un lien entre la pénologie (l’étude des pratiques pénales), les pratiques de contention et les usages, comme l’emmurement jusqu’à la mort de certaines femmes rebelles au Moyen Âge (6).
Cette corrélation est suggérée par l’historien et journaliste Philippe Aries : « plus les sociétés sont despotiques et se maintiennent par la violence, et plus les punitions corporelles sont fortes et utilisées à tous les niveaux : familial, scolaire, étatique » (7).
Le siècle des Lumières fait opérer un nouveau tournant à l’histoire de la contention, en faisant apparaître de nouvelles formes d’attachements : la camisole et les chaînes fixées au mur. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la notion de soin n’est toujours pas abordée et la spécificité des lieux n’est pas imaginée. Michel Caire (8) explique que l’utilisation de la contention était ciblée sur les conséquences d’un état pathologique et qu’elle permet la protection tant du malade que de la société. Le malade mental n’avait pas de statut, pas d’existence juridique, et il n’avait donc pas de droits inhérents à son état.
Lorsque s’engage, après la révolution, une psychiatrie nouvelle, la maladie mentale va être davantage évoquée. La reconnaissance des droits fondamentaux (liberté, égalité, fraternité) fait émerger un début de réflexion autour des personnes souffrant de maladie mentale. L’épisode de Philippe Pinel (médecin aliéniste français - 1745-1826-), libérant, (avec l’un des gardiens de l’hôpital Bicêtre, Jean Baptiste Pussin), les fous de leurs chaînes est bien connu, surtout par l’illustration qu’en a réalisé le peintre Charles Louis Lucien Muller vers 1850 (9). Philippe Pinel s’inspire de l’humanisme de Pussin pour développer le « traitement moral » des aliénés, prenant en compte la part encore intacte de leur raison. De leur rencontre et collaboration naît un nouveau regard sur la maladie mentale et son traitement, désormais basé sur la compréhension de la pathologie et l’organisation des lieux de soin, les asiles.
C’est à cette époque qu’est apparue la camisole (chemise à manches longues attachées dans le dos), qui permet au malade d’aller et venir au sein des établissements. Elle est considérée comme une évolution positive après l’enchaînement.
Plus tard, le psychiatre Valentin Magnan (1835-1916) adepte de la clinothérapie (traitement des malades par un alitement quasi continu) remplace les camisoles par des gilets de force et réussit à libérer ses patients de toute forme de contention à Sainte-Anne à Paris où il a travaillé toute sa vie.


(1)
Dominique Friard est Infirmier en psychiatrie, superviseur d’équipe. « Attacher n’est pas contenir », revue Santé Mentale, N° 86, Mars 2004, pp 22-28.


(2)
Cité par Dominique Friard, ibidem op cité.


(3)
Ibidem op cité.


(4)
Dominique Friard, revue Santé Mentale, op cité.


(5)
Ibidem op cité.


(6)
On trouve une évocation de cette pratique dans un roman de Carole Martinez, Du domaine des Murmures, Gallimard, 2011. Ce livre a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2011. Fred Vargas, dans son roman, Quand sort la recluse, Flammarion, 2017 fait également allusion à cette pratique d’enfermement à vie. Historiquement, ces recluses se muraient vivantes dans des geôles minuscules, ne comportant qu’une ouverture pour permettre à l’air — et aux aliments offerts par les croyants — de rentrer. Pourtant, il n’existait aucune évacuation possible pour rejeter les excréments. Par exemple, à Agen au XIVème siècle, c’est le chanoine Labénasie qui le raconte dans son « Histoire de la ville et des églises d’Agen par rapport aux évêques qui les ont régies ». Cet écrit, jamais publié, est archivé à Agen et nous est connu grâce à des extraits parus dans la « Revue de l’Agenais », publiée par l’Académie des Sciences Lettres et Arts d’Agen. On sait qu’il existait dans beaucoup de villes de ces mêmes « quartiers des recluses ».


(7)
Philippe Aries,, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Le Seuil, 1975.


(8)
Michel Caire est un psychiatre français et historien de la psychiatrie.


(9)
Visible dans le hall de réception de l’Académie nationale de médecine, rue Bonaparte à Paris.

CHAPITRE 1 - FONDEMENTS ET ENCADREMENT DE LA CONTENTION par Caroline Vengud, Marie Christine Borella et Michel Brioul

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