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Une formation transversale pour interagir auprès des adolescents difficiles

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Crédit photo Photographee.eu - stock.adobe.co
Le diplôme universitaire « Adolescents difficiles : approche psychopathologique et éducative » s’adresse chaque année aux professionnels amenés à travailler avec des jeunes de cette tranche d’âge. Son objectif ? Proposer une formation transversale à l’ensemble des institutions et créer des espaces d’échange de pratiques.

Ils étaient 155 professionnels cet après-midi-Là, réunis dans l’amphithéâtre Lumière du ministère de l’Intérieur, à Paris, pour assister à la conférence « Adolescents difficiles : sexualités difficiles ». Une intervention du psychiatre Pierre Lamothe pour clôturer la 7e session du diplôme universitaire « Adolescents difficiles : approche psychopathologique et éducative »créé en 2002 en partenariat avec l’université de la Sorbonne, le ministère de la Justice et la direction de la protection judiciaire de la jeunesse.

Dirigée par le professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, la formation s’adresse à tous les professionnels intervenants auprès d’adolescents dans les domaines du social, de l’éducation, de la santé, de l’insertion, de la justice, de la police et de la gendarmerie. L’inscription n’exige pas de prérequis universitaire. Seule condition, justifier d’une « expérience avec les adolescents dans son activité professionnelle et manifester une envie de se former davantage sur cette période si cruciale qu’est l’adolescence », explique Dominique Brossier, responsable du diplôme, anciennement directrice au sein de la PJJ.

La formation se décompose en neuf sessions de deux jours durant lesquelles les professionnels écoutent des témoignages, participent à des conférences, des tables rondes, et des ateliers d’analyse de situations et d’échanges de pratiques. L’objectif de cette organisation ? « Offrir des conditions favorables à la rencontre et à la création d’un socle de connaissances commun autour de l’adolescence, expose Dominique Brossier. Le but, c’est qu’à l’issue du cursus, les professionnels connaissent leurs missions et approches respectives. »

Élargir son horizon

Les temps d’échanges en atelier permettent de confronter les points de vue sur des cas cliniques et de « rompre avec les clivages » qui peuvent exister entre les différentes professions gravitant autour de l’adolescence. Pour ce faire, les groupes d’étudiants sont constitués en fonction des métiers et employeurs de chacun. Ils restent les mêmes du début à la fin de la formation, afin de générer de la continuité dans les échanges. L’encadrement des ateliers est assuré par un binôme composé « d’un professionnel exerçant dans le secteur de l’éducatif ou de la formation d’adulte, et d’un second issu du champ de la psychiatrie ou de la psychologie », explique la responsable du DU. Au fil des sessions, les participants apprennent à se connaître et sont ravis de se retrouver. C’est le cas d’Isabelle, Julie, Nordine et Aurélie qui échangent autour d’un café dans la cantine du ministère durant la pause déjeuner. Ils se sont connus lors de la première session d’octobre. « C’est important de pouvoir rencontrer des professionnels issus d’autres horizons », insiste Julie Vigreux, conseillère principale d’éducation dans un collège REP (réseau d’éducation prioritaire) à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Titulaire d’un master de psychologie et en poste depuis dix ans, elle estime qu’il est important de ne pas « s’enfermer dans le quotidien et dans l’urgence permanente des situations ». Et pour ce faire,de continuer à se former. Isabelle B, assistante sociale dans un collège et un lycée du XIe arrondissement de Paris, abonde dans ce sens : « Lorsque l’on mène des entretiens avec des familles, il est indispensable d’avoir un bagage sur cette période très particulière entre l’enfance et l’âge adulte afin de sortir des lieux communs. » Pour cette professionnelle qui exerce depuis vingt-sept ans, les savoirs empiriques ne suffisent pas : « Les adolescents d’avant ne sont plus les adolescents d’aujourd’hui. Ils ont évolué depuis que j’ai fait mes études. »

Des échanges enrichissants

Il est 14 h 15, la conférence de l’après-midi va bientôt débuter. Nordine, animateur culturel indépendant dans le champ de la prévention, en profite pour expliquer qu’il est, lui aussi, en quête « d’interactions avec d’autres professionnels ». Pour ce membre de l’association « Je.tu.il… », qui réalise et diffuse des programmes « d’éducation à la responsabilité affective, sexuelle, citoyenne », les ateliers permettent de continuer à tisser un réseau professionnel. Ainsi, depuis quelques mois, il intervient au sein du collège où exerce Isabelle B. « On s’est connus il y a seulement quelques mois et maintenant on travaille ensemble. Comme quoi le partenariat fonctionne ! », ironisent-ils tous les deux.

Souhaitant s’adresser au plus grand nombre, la formation réunit un panel d’intervenants très varié. Ils sont 31 au total cette année : pédopsychiatres, sociologues, policiers, magistrats, juristes, enseignants, réalisateurs de documentaires, responsables de la protection de l’enfance, psychologues… Tous interviennent de concert pour offrir aux professionnels de terrain la vision la plus large possible des enjeux que revêt la période charnière de l’adolescence. La formation dure 120 heures. Elle se conclut par une soutenance orale et le rendu d’un mémoire en lien avec une problématique professionnelle de terrain.

Rompre avec l’esprit de chapelle

Marie Laurent, éducatrice spécialisée en protection de l’enfance l’a suivie en 2018 : « Cette année de formation m’a permis d’adopter une posture plus réflexive. J’ai fait mon mémoire sur la prise en compte des liens d’attachements dans les foyers d’accueil d’urgence, une thématique qui me questionnait beaucoup. » Après « dix longues années », au sein des internats adolescents du centre de l’enfance et de la famille de Chamalières, dans le département du Puy-de-Dôme, elle a ressenti le besoin de « prendre du recul », notamment pour faire face aux agressions physiques auxquelles elle a assisté plusieurs fois et pour lesquelles elle manquait d’étayage théorique.

Même constat chez Mahaboubi-Ba Souffou, surveillant pénitentiaire à la maison d’arrêt pour mineurs de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne, qui a fait le choix de se former par lui-même pour combler les lacunes en la matière de l’administration pénitentiaire. « Je me suis inscris et je finance moi-même la formation. Mon employeur, lui, m’aménage deux jours par mois pour la suivre », souligne-t-il. Le quartier pour mineurs de Fleury-Mérogis accueille « beaucoup de mineurs isolés étrangers, avec des parcours migratoires compliqués et des traumatismes vécus durant le voyage. Face à ces situations, j’ai souvent été désemparé », lâche-t-il. La formation lui a permis de mieux appréhender les notions de délinquance, de traumatisme et d’addiction, auxquelles il est souvent confronté. Des bases solides qui lui ouvrent l’horizon du concours d’éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse.

Pour Dominique Brossier, cette « hétérogénéité » des niveaux de diplôme et des champs d’action va de soi. Elle la qualifie même « d’obligation ». « Qu’importe le niveau de qualification de chacun, ils vont tous être amenés à travailler ensemble sur le terrain pour accompagner des adolescents aux problématiques multiples et complexes », confirme-t-elle. Un melting-pot professionnel qui favorise l’émergence d’un socle de connaissances commun et d’une cohérence dans l’action qui rompt avec l’esprit de chapelle. Un bagage précieux pour Marie Laurent qui travaille avec des adolescents difficiles depuis plus de dix ans et constate que ces jeunes sont « morcelés » entre les différents acteurs qu’ils côtoient : pénal, scolaire, associatif, éducatif et les objectifs respectifs de chacun.

Hétérogénéité des profils

La transversalité est la clé de voûte de ce diplôme universitaire. Elle se reflète dans la diversité des étudiants qui suivent ce cursus comme dans celle de leurs institutions d’origine. Pour cette promotion 2021-2022 le panel est vaste : 45 personnes proviennent de l’Education nationale, 22 de la protection judiciaire de la jeunesse, 15 du secteur de la santé, 47 du secteur social et médico-social, 8 de la gendarmerie, 11 de la police, 6 de l’administration pénitentiaire et une participante est juge des enfants. Depuis sa création en 2002 à Paris, 2 220 professionnels se sont formés à l’approche psychopathologique et éducative enseignée dans cette formation, désormais éligible au compte personnel de formation (CPF). Elle coûte 900 euros dans le cas d’un financement personnel et s’élève à 1 200 euros lorsqu’elle est prise en charge par l’employeur. Le DU existe aussi à Lyon, Lille, Poitiers-Limoges et Brest.

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