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« Ils sont vivants »

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Inspiré d’une autobiographie de Béatrice Huret, le long métrage Ils sont vivants de Jérémie Elkaïm, en salles actuellement, retrace l’histoire d’amour entre une Calaisienne et un enseignant iranien en route pour la Grande-Bretagne. Militante au Front national – « pour faire comme mes amis », dit-elle presque pour s’excuser –, la formatrice pour adultes d’aide à la personne est devenue bénévole au camp de migrants de Calais. Tout part d’une rencontre en 2014 avec un exilé à la sortie de son travail. Un jeune homme qui cherche à se rendre à la « jungle » de Calais. « En arrivant sur place, j’ai eu le déclic », se souvient-elle. La misère qu’elle y découvre ce jour-là contraste avec les croyances fantasmées que partagent ses amis. « J’avais peur d’y aller, mais quand j’ai vu la gentillesse des exilés et bénévoles, je n’ai pas pu m’empêcher d’y retourner pour aider. »

Béatrice commence par apporter des habits qu’elle n’utilise plus. Elle y retourne avec des sacs de denrées non périssables et finit par y consacrer la plupart de son temps libre. Une trajectoire d’engagement que suivent de nombreux militants locaux qui prêtent main-forte aux associations dans la région.

On la retrouve surtout en train d’éplucher des légumes et de cuisiner à la Belgium Kitchen – une ONG qui sert tous les jours des centaines de repas aux habitants du bidonville. La désorientation de ses premiers passages au camp laisse rapidement place aux salutations, au détour de chaque ruelle de la ville de 10 000 âmes. C’est à l’entrée de la « jungle » que Béatrice rencontre Mokhtar pour la première fois. Il a les lèvres cousues, comme huit autres Iraniens. Une séquence qui a marqué les esprits le 2 mars 2016. L’objectif ? Dénoncer les conditions de vie inhumaines et la frontière de plus en plus militarisée qui les sépare du Royaume-Uni. Les pancartes, portées dans un silence grave, affichent : « Nous sommes des humains », « Où est votre démocratie ? » Elle croise à nouveau sa route lorsqu’un militant lui propose d’héberger deux migrants en difficulté. Malgré la barrière de la langue, Mokhtar et Béatrice vont se lier d’amour en dialoguant par logiciel de traduction interposé.

« Je suis réaliste, souffle la militante. Ce n’est pas un mois de relation qui allait lui faire abandonner ses plans. » Un peu avant l’été 2016, après des tentatives infructueuses de passage, il ne reste plus qu’une option, que redoute Béatrice : traverser la Manche en bateau. Elle réunit près de 1 000 € pour acheter une petite embarcation, à l’image des dizaines qui s’élancent des plages de la Côte d’Opale. La traversée périlleuse se termine par une intervention des sauveteurs en mer britanniques. Mokhtar a réalisé son rêve. Fin 2016, les autorités évacuent la « jungle ». Aujourd’hui, les exilés habitent un archipel de petits campements de fortune disséminés le long du littoral. Après six années de relation à distance parfois compliquée, Mokhtar se prépare à revenir en France pour s’installer et se marier avec Béatrice.

Une saison en migrations

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