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Finlande : l’image de la « nation la plus heureuse du monde » se craquèle

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Finlande : l’image de la « nation la plus heureuse du monde » se craquèle

Crédit photo Étienne Cassagne
En tête du classement annuel sur le bonheur parrainé par l’ONU, le pays nordique voit ses inégalités perdurer de manière paradoxale, en dépit de la solidité de son modèle social.

Autrefois célèbre pour ses hivers longs et rigoureux, voire pour la mélancolie chronique de ses 5,5 millions d’habitants, la Finlande s’est découverte en 2018 « nation la plus heureuse du monde », dominant un classement parrainé par les Nations unies et dont elle truste cette année encore la première place. Pour départager les quelque 149 pays participants, l’enquête cherche à quantifier la liberté personnelle et la satisfaction des individus en prenant en compte des mesures comme le PIB, les politiques sociales et les perceptions de la corruption. Soit autant de domaines où la Finlande est censée exceller avec ses faibles indices de criminalité, ses services publics de classe mondiale, son haut niveau de confiance envers les autorités et un modèle social « à la scandinave » permettant de contenir l’augmentation des inégalités.

« L’égalité des chances en Finlande est-elle un mythe ? », s’interroge toutefois David Kirp, professeur de politique publique à l’université de Californie à Berkeley. Dans une tribune publiée par le Helsinki Times, l’universitaire décrypte les résultats d’une étude coécrite par le lauréat du prix Nobel d’économie James Heckman et le chercheur danois Rasmus Landerso, qui « complique ce scénario » de la Finlande nation la plus heureuse du monde, capable d’offrir à « chaque enfant une chance de réussir » et d’anéantir « les différences de classe entre les générations ».

Modèle généreux…

« Comme nous le savons, des impôts élevés financent la sécurité sociale, l’éducation, les prestations d’invalidité, de logement et de chômage qui réduisent les inégalités et augmentent la mobilité sociale, », écrit David Kirp. Il poursuit : « Assurer le bien-être des enfants est un élément clé de ce qu’on appelle le modèle nordique. Des programmes comme des garderies subventionnées, des études collégiales gratuites et un soutien éducatif généreux sont censés éliminer les différences de classe sociale. » Mais ces « avantages sociaux généreux ne sont pas suffisants pour changer les perspectives de vie des enfants issus de familles à faible revenu », constate-t-il.

Si l’étude se concentre sur le Danemark où les niveaux d’inégalité des revenus et ceux, élevés, de mobilité des revenus d’une génération à l’autre sont encore plus frappants qu’en Finlande, elle montre bien les failles du « modèle nordique », estime encore David Kirp. Malgré l’essor de l’Etat-providence au cours du dernier demi-siècle, ce modèle n’efface pas les inégalités au niveau des résultats scolaires. La faute à une influence décisive de la famille et du quartier que la générosité du système social ne parvient pas à compenser, expliquent James Heckman et Rasmus Landerso.

… et cependant inégalitaire

« Jetez un œil aux antécédents familiaux des étudiants de premier cycle de l’université d’Helsinki, invite David Kirp. Combien de fils et de filles de familles pauvres et de familles immigrantes trouverez-vous ? L’enseignement supérieur est la porte d’entrée vers des carrières de travailleurs du savoir bien rémunérés. C’est là que l’influence de la classe sociale est la plus évidente, et l’obtention d’un diplôme universitaire est étroitement liée à l’éducation des parents. » Ainsi, au Danemark, malgré une série de politiques favorables aux jeunes adoptées au milieu des années 1970, les enfants nés en 1985 dont le père n’avait pas un diplôme d’études secondaires avaient 20 % de chances de réussir leur cursus, contre 30 % pour les enfants de diplômés.

L’affaire n’a rien d’anecdotique : les difficultés d’insertion des classes les plus pauvres, souvent issues de l’immigration, ont profondément bouleversé le paysage politique des pays nordiques. Notamment en favorisant l’émergence et la réception du discours de partis d’extrême droite comme les Vrais Finlandais ou le Parti populaire danois, qui oscillent entre rejet de l’Etat-providence et captation de celui-ci au seul bénéfice des populations « autochtones ».

… et d’ailleurs

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