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Femme, féminine, féministe

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Depuis que Céleste et Martine, les sauveuses de vieux en détresse, ont déboulé dans ma vie et ma maison, tout est propre et bien rangé. Trop propre, trop rangé. Moi, Florimonde, du haut de mes 85 ans, je n’ai presque plus rien à faire. Et je m’ennuie.

Mais, hier, Floyd et Céleste ont anéanti la monotonie de mes journées trop calmes en déboulant dans le salon avec une énorme valise et en me demandant d’un air goguenard ce que je pouvais bien cacher là-dedans. Le cadavre momifié d’un amant ? Un arsenal de guerre ? Un kit d’haltérophilie ?

J’ai souri timidement. « Ça, mes enfants, c’est un truc de filles. »

Floyd a écarquillé les yeux, Céleste aussi, et j’ai bien senti que j’avais piqué leur curiosité. Alors, ensemble, nous avons ouvert la valise.

Pêle-mêle de vieux papiers, de livres et de photos, surannés mais pas oubliés.

J’ai raconté.

« Nous sommes arrivés en France en 1940, avec le grand exode de tous ceux qui fuyaient désespérément l’invasion allemande. Nous n’avions rien d’autre que ce que nos bras pouvaient porter, quelques valises, quelques sacs, quelques vêtements. Cette valise faisait partie du voyage. Depuis, elle m’a suivie partout, et j’y ai accumulé les petits trésors de toute une vie. Tenez, là, c’est un exemplaire de La semaine de Suzette, avec ses incontournables rubriques “Lettre d’une tante” et “Bécassine”.

Floyd et Céleste ont échangé un regard en coin… C’est vieillot et ringard, oui, je sais.

Ici, un paquet de photos… Photos de mariage avec mon Georges, quelques portraits en noir et blanc, bords dentelés, lumière studio Harcourt et coiffure impeccable. Ava Gardner n’a qu’à bien se tenir !

« Que vous étiez belle ! », s’extasie Céleste. Ah ça, oui, il le fallait bien ! J’avais été éduquée pour être belle et polie. Souriante mais pas trop, avenante mais pas trop, distrayante mais pas trop. Une parfaite petite femme bien comme il faut, dévouée à son père, puis à son frère, à son mari, et enfin à son fils. Une fille, une sœur, une épouse, une mère. Tout sauf une femme, en fait. Je rêvais de Simone la libérée, j’étais condamnée à n’être que Samantha Stephens la dévouée(1).

« Ça a bien changé maintenant », m’a dit Céleste d’un air convaincu. Floyd a approuvé. En 2020, les femmes sont libres et indépendantes, voyons !

J’ai souri poliment devant leur naïve candeur. S’ils savaient !

De la féminité au féminisme, tant de combats ont été menés. Et il en reste encore tellement. A Malte, les femmes n’ont toujours pas le droit d’avorter. En Arabie saoudite, elles n’ont le droit de voter que depuis 2011. Dans certaines régions du Népal, elles doivent quitter leur foyer et s’isoler dans une hutte le temps de leurs règles. Dans les pays en développement, une fille sur quatre ne va pas à l’école. En France, le viol conjugal n’est inscrit dans la loi que depuis 1992. On parlait jusqu’alors de « devoir conjugal ».

J’ai 85 ans. Les héroïnes de mon époque s’appelaient Frida, Simone et Rosa.

Aujourd’hui, elles s’appellent Oprah, Beyoncé et Malala. Les noms changent, les luttes demeurent. Pour nos mères, nos sœurs, nos filles, nos amies. Pour vous, pour elles. Pour nous toutes : liberté, égalité, sororité.

Notes

(1) Ma sorcière bien-aimée (série américaine).

La minute de Flo

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