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Le projet de l’OMS pour réduire la dépendance

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Le programme Icope (Integrated Care for Older People) est un guide de soins intégrés pour les personnes âgées mis en place par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Récemment réactualisé, il a pour objectif de maintenir les capacités intrinsèques et retarder la dépendance, notamment chez les patients Alzheimer.

Le monde est en train de connaître un de ses plus grands bouleversements. Actuellement, nous vivons un changement démographique sans précédent. En 2017, il y avait sur Terre près de 962 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, soit 13 % de la population globale. En 2050, une personne sur cinq sera âgée de 60 ans et plus. Le nombre de personnes âgées de 80 ans ou plus devrait quant à lui tripler, passant de 143 millions en 2019 à 426 millions en 2050. Autrement dit, alors que, jusqu’à présent, le nombre d’enfants en bas âge est supérieur aux personnes âgées, dans les prochaines années, les tendances s’inverseront. Un vieillissement global de la population qui n’est pas sans conséquences. Cela entraîne notamment une hausse du nombre des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. A l’heure actuelle, selon l’Organisation mondiale de la santé plus de 35,6 millions de personnes sont touchées par la maladie et, chaque année, 7,7 millions de nouveaux cas sont dénombrés. Et, selon les prévisions de l’OMS, le nombre de malades devrait presque doubler tous les 20 ans. Face à ce fléau, l’institution des Nations unies ne reste pas inactive.

Préserver les fonctions intrinsèques

En septembre 2017, elle a publié son premier programme Icope (Integrated Care for Older People), à savoir un guide pour les soins intégrés des personnes âgées. Celui-ci a été réactualisé en septembre 2019 et complété d’une application « ICOPE Handbook App » (téléchargeable sur tous les smartphones), en octobre 2019. Un programme présenté par Bruno Vellas et Julien Delrieu, tous deux membres du gérontopôle de Toulouse, lors du Congrès national des unités de soins, d’évaluation et de prise en charge Alzheimer, qui a eu lieu les 11 et 12 décembre.

Plus précisément, l’important pour l’OMS est de vieillir en bonne santé, à savoir préserver ses fonctions intrinsèques pour continuer à faire ce qui est important pour chacun d’entre nous. « Donc, quand on est face à une personne âgée ou une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, il faut lui demander ce qu’elle veut faire dans les mois suivants, ce qu’elle veut réaliser, éclaire le professeur Vellas. C’est une vision différente de la médecine telle qu’on la pratique actuellement. Jusqu’à maintenant on disait “On va maintenir votre cholestérol, votre hypertension artérielle”… Des éléments qui rendent le patient moins participatif. » Dans le programme Icope, on demande au patient et à son entourage quel est son but, tout en essayant de conserver ses capacités intrinsèques. L’OMS en a identifié six, considérées comme essentielles pour prévenir la perte d’autonomie. Ce sont le bien-être psychique/l’humeur, la mobilité, l’état nutritionnel, la vue, l’audition et l’état cognitif. « Le but va être de maintenir ces fonctions de façon intégrée, c’est-à-dire en prenant en compte le fait qu’elles agissent toutes les unes avec les autres », explique encore Bruno Vellas. Et le chef du service de médecine interne et de gériatrie au CHU de Toulouse d’ajouter que « le programme Icope permet aussi d’intervenir beaucoup plus tôt (dans la maladie) et de prendre en compte le souhait du patient ». C’est pourquoi l’outil Icope se veut simple et utilisable par tous, aussi bien par les soignants que par les patients eux-mêmes (par le biais de l’application téléchargeable), sous réserve d’une formation préalable. Ce programme se divise en cinq étapes : dépistage, évaluation renforcée, plan personnalisé de soins et de prise en charge, parcours de soins, mise en place d’un écosystème et soutien aux aidants.

« La première étape de dépistage prend 8 minutes. Il s’agit d’une série de questions ou d’épreuves permettant d’évaluer chaque capacité intrinsèque, explique Bruno Vellas. Pour la mémoire, on sait que quand un sujet a du mal à se souvenir du jour de la semaine, il faut commencer à se méfier. On lui fait donc apprendre trois mots avec un rappel immédiat et différé. » Pour l’évaluation de la mobilité, il faut que la personne soit capable de se lever cinq fois de sa chaise sans s’aider des bras en moins de 14 secondes. Si elle y arrive le risque de perte de mobilité est très faible. En revanche, si elle a des difficultés à le faire, le risque est important. Il faudra essayer de comprendre pourquoi. « L’idée est de faire ce dépistage chez toutes les personnes de plus de 60 ans, même si elles semblent en bonne santé. En effet, c’est à cet âge qu’apparaissent les maladies chroniques, renseigne le coordonnateur du gérontopôle de Toulouse. Un professionnel de santé réalise ce premier dépistage et peut ensuite former la personne à s’autoévaluer tous les quatre mois. Et si la situation évolue, cela permet de flécher, de monitorer vers les besoins nécessaires. » Pour Julien Delrieu, dès cette première étape, le programme Icope prouve son utilité. En effet, même si aucune capacité intrinsèque n’est considérée comme défaillante, le simple fait de faire ce dépistage est une réussite en soi. « La France est clairement en retard sur le diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer. Or, la plupart des personnes n’auraient peut-être pas fait la démarche d’aller consulter aussi tôt. Il est donc possible que cette application et ce programme aide à cela. » Ce qui n’est pas négligeable car un dépistage précoce permet une meilleure prise en charge et une meilleure prévention de la maladie.

Intervenir sur tout le parcours

Une fois qu’un trouble est observé, il faut passer à l’étape 2 qui consiste en une évaluation plus approfondie. Par exemple, s’il y a un trouble cognitif, il faut demander une consultation « mémoire ». Pour la mobilité, un nouveau bilan qui prend en compte l’environnement est effectué afin de rechercher d’éventuelles pathologies. De même pour la nutrition, le sensoriel et la vision. « Un des avantages de la fragilité est que l’on observe les pertes les unes après les autres. Il est donc beaucoup plus facile d’agir, soutient le professeur Vellas. Une fois repérée, on intervient fonction après fonction, dans tout le parcours de la personne. » De son côté, Julien Delrieu estime que cette deuxième étape a, elle aussi, un réel intérêt dans la préservation des capacités intrinsèques et donc dans la prévention de la maladie d’Alzheimer. « L’étape 2 consiste en un monitoring des capacités intrinsèques, environ tous les quatre mois, via l’application, indique-t-il. Alors même qu’en temps normal, on ne voit le patient que tous les six mois voire une fois par an. Durant ce laps de temps, sa situation peut parfois s’être très largement dégradée. L’intérêt de ce monitoring est que l’on a des points très réguliers. Ce qui nous permettra d’éventuellement mettre en place une intervention graduée, d’intervenir au moment où la capacité intrinsèque décline, et de réévaluer la situation si nécessaire. »

L’étape 3 consiste en un plan de soins centré sur la personne, selon son souhait, ses inspirations et ses aspirations. Plus précisément, l’objectif est de définir et développer un plan personnalisé de soins en partenariat avec la personne, les soignants et les aidants. Cela permet de mettre en place une intervention ciblée sur la capacité intrinsèque considérée comme défaillante. L’étape 4 représente la mise en œuvre et le monitoring du plan personnalisé. Enfin, la dernière étape a comme objectif d’enrôler la communauté, de soutenir les aidants et de créer un environnement accueillant, positif sur les territoires. « Pour résumer, toute personne âgée de 60 ans et plus est appelée à faire le dépistage de 8 minutes, souligne Bruno Vellas. Si tout est normal, on lui donne des conseils généraux, on la renseigne sur la maladie d’Alzheimer. S’il y a une anomalie, on passe à l’étape 2. La personne s’évalue tous les quatre mois. Dès qu’une perte de fonctions est observée (perte de poids par exemple), la personne est orientée vers le médecin traitant qui met en place un plan personnalisé de soins et ainsi de suite. »

« Réduire de 17 % le risque de démence »

Ce programme est-il efficace ? S’il est encore trop tôt pour répondre, il convient toutefois de dire que l’OMS s’est fixé des objectifs élevés. « Le but de l’institution est de diminuer de 15 millions le nombre de personnes âgées dépendantes d’ici 2025, affirme Bruno Vellas. En France, on pourrait essayer de diminuer le nombre de patients Alzheimer de quelques centaines de milliers. C’est faisable. » Un point de vue partagé par son collègue du gérontopôle de Toulouse. « Quand on regarde les différentes capacités intrinsèques évaluées par Icope (l’humeur, l’audition, l’activité physique, la nutrition), on remarque qu’elles sont considérées comme des facteurs de risques modifiables de la maladie d’Alzheimer. Concrètement, cela veut dire que, avec une intervention efficace, en ciblant ces capacités intrinsèques, on devrait être capable de réduire de 17 % le risque de démence. Il y a donc un vrai enjeu. » Un enjeu mondialisé comme indiqué plus haut. En effet, en raison du vieillissement généralisé et considérable dans tous les pays, le programme Icope est « prioritaire » pour l’OMS. « Si l’on attend que les personnes soient dépendantes, cela va être une catastrophe humanitaire, estime le professeur Vellas. Quand on voit la Chine, le continent africain… Ce sont des pays où le vieillissement de la population est beaucoup plus rapide que ce que l’on a connu. Il faut donc agir très vite. » C’est pourquoi, dans son rapport issu de la concertation « grand âge et autonomie », Dominique Libault suggère de « déployer l’approche Icope de l’OMS » (proposition 70). Plus précisément, il estime que « cette nouvelle démarche pourrait être testée rapidement sur un ou deux territoires pour ensuite être généralisée à grande échelle ». Reste à savoir si la future loi reprendra cette proposition.

Une étude inédite du CHU de Toulouse

En parallèle du programme Icope, le CHU de Toulouse a mis en place l’étude Inspire. Ce projet, lancé fin 2018, propose un nouveau modèle de vieillissement fondé sur des approches de recherche et de soins innovantes. Il repose sur trois aspects fondamentaux : « identifier des marqueurs biologiques du vieillissement à partir de cohortes humaines et animales permettant des recherches translationnelles » ; « mesurer et suivre de façon régulière les capacités fonctionnelles àl’aide d’outils digitaux développés avec l’OMS dans le cadre du projet Icope » et « identifier les pistes thérapeutiques futures ciblant les mécanismes du vieillissement pour prévenir les pathologies liées au vieillissement ».

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