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« Sortir de la “gestion au thermomètre” de la grande exclusion »

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directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité
Le gouvernement annonce l’ouverture de 14 000 places supplémentaires, dont 7 000 en Ile-de-France. Pour quelles raisons jugez-vous cet effort insuffisant ?

Ces 14 000 places correspondent à une stricte reconduction du plan d’hébergement hivernal 2018-2019. C’est largement insuffisant, alors que l’on note une augmentation du nombre des personnes à la rue, une augmentation du public « traditionnel » de grande pauvreté, hommes ou femmes isolés, mais également des familles à la rue. A Paris, le Samu social a noté une augmentation des appels au 115 des personnes en famille sans obtenir de place, et un triplement des appels sur une journée au mois d’octobre par rapport aux quatre dernières années. La crise de l’accueil des personnes migrantes, faute de places, se reporte sur l’hébergement généraliste. A la saturation du 115 et des centres d’accueil s’ajoute le développement de bidonvilles, de squats et de campements dans les grandes villes comme Paris, Nantes, Toulouse, Bordeaux. On compte près de 20 000 personnes regroupées dans des campements de fortune. Dans le programme 303 « Immigration et asile » du projet de loi de finances (PLF) 2020, aucune création de nouvelles places en centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) et en centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (Huda) n’est prévue.

Comment expliquez-vous cette augmentation du nombre de personnes à la rue ?

Il y a plusieurs phénomènes : crise du logement à la location dans les grandes villes, tendance à la baisse du pouvoir d’achat des plus pauvres, augmentation du taux de pauvreté en 2018. La baisse des aides personnalisées au logement a diminué les capacités des ménages à se maintenir dans le logement, et on note une augmentation des expulsions locatives. Du fait des impacts de la réduction des loyers de solidarité (RLS) et de la réforme en cours des aides au logement pour les bailleurs sociaux, l’offre de logements accessibles aux ménages les plus modestes diminue. Depuis 2012, il n’y a aucun outil de mesure et plus aucune donnée nationale. On ne sait pas véritablement combien il y a de SDF aujourd’hui en France !

Vous redoutez également un « tri » des personnes à la rue à l’entrée de l’hébergement…

Depuis le mois de juillet, les instructions qui imposent aux acteurs de l’hébergement des critères de sélection à l’accueil à l’hébergement se multiplient. Cette pratique viole le principe d’inconditionnalité de l’accueil. Les demandeurs d’asile sont écartés de l’hébergement généraliste comme les personnes sous statut « Dublin » ou celles déboutées du droit d’asile. En septembre, dans la Marne, le préfet a ordonné par courrier aux gestionnaires du 115 de remettre à la rue les déboutés du droit d’asile. C’est également le cas dans le département du Nord.

Le préfet de Paris mise sur le développement de l’habitat intercalaire pour créer davantage de capacités d’accueil des sans-abri. Est-ce une solution face à l’urgence des besoins ?

Le dispositif hivernal francilien est plus vertueux qu’ailleurs. Le principe de la mobilisation intercalaire est bon, mais il pose également les limites de la stratégie. Certaines associations qui utilisent des bâtiments prêtés par les collectivités pendant un an ou deux doivent ensuite les rendre. Il faut développer une stratégie nationale et inciter toutes les collectivités locales à accepter des centres d’hébergement et à prioriser le relogement des personnes à la rue. Alors que la demande est permanente, la “gestion au thermomètre” de l’hébergement, dénoncée depuis des années par les associations, perdure et ne permet pas d’offrir des solutions stables, dignes, et pérennes aux personnes concernées. Les appels à projets pour ouvrir des places hivernales ne sont pas de bonne qualité : pas d’accueil 24 h sur 4, un accompagnement social faible et des places qui seront fermées au 31 mars. Il faut sortir de cette logique de la gestion hivernale de la grande exclusion, qui ne permet pas d’éradiquer le sans-abrisme. Nous avons soutenu en 2017 la philosophie du plan “Le logement d’abord” pour que l’hébergement d’urgence ne soit plus un palliatif, mais les efforts du gouvernement sont trop timides pour permettre un accès direct au logement des personnes à la rue sans passer par le logement d’urgence. Il y a une augmentation quantitative des pensions de famille, de l’intermédiation locative, mais la production de logements très sociaux n’a pas eu lieu.

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