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« Les pouvoirs publics doivent nous aider à rendre le métier de TISF plus attractif »

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Le gouvernement veut lancer en 2020 une « offre 1 000 jours » pour accompagner les parents et leur bébé, dès le 4e mois de grossesse jusqu’à l’âge d’environ 2 ans et demi. Jean-Laurent Clochard, responsable du pôle « familles » de la Fédération nationale des associations de l’aide familiale populaire-Confédération syndicale des familles revient sur la valeur-ajoutée des techniciens de l’intervention sociale et familiale (TISF) dans l’accompagnement de la parentalité à domicile.
Une commission de 17 membres comprenant des experts et praticiens du terrain planche, depuis mi-septembre, sur le futur parcours des « 1 000 jours de l’enfant », annoncé par le secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance. En quoi l’accompagnement des technicien(ne)s de l’intervention sociale et familiale est-il essentiel pour certains parents durant cette période ?

Les TISF sont de véritables professionnels de l’accompagnement de la parentalité à domicile. Nous avons réalisé une étude, il y a quelques années, via un réseau de périnatalité dans les Hauts-de-Seine qui démontre le fait que l’accompagnement de la maman par une TISF avant l’accouchement permet au bébé de naître à terme avec un poids normal. C’est bon pour l’enfant, son développement, mais également pour la mère. Selon des études, la prématurité a un impact négatif sur le bon développement de l’enfant et engendre également plus de cas de dépressions du post partum chez les mamans. Nous accordons une grande importance à l’épigénétique, c’est-à-dire à la manière dont l’environnement pèse sur l’évolution héréditaire. L’environnement transforme les gènes des enfants en bas âge. Par exemple, si les bébés sont mal nourris avant leur naissance cela influence leur génétique. La prévention suppose donc d’agir sur l’environnement social, l’alimentation, la santé mentale des enfants et des parents.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, adopté en première lecture le 29 octobre par l’Assemblée nationale, prévoit de rendre obligatoire l’entretien prénatal précoce. Un bon moyen pour repérer les situations à risque ?

Actuellement, seules 30 % des futures mamans bénéficient de cet entretien prénatal précoce encore facultatif et qui permet de faire le point avec un professionnel, une sage-femme en particulier, sur la manière dont elles envisagent leur grossesse. Cet entretien est l’occasion idéale pour les sages-femmes d’apporter aux futurs parents, et en particulier aux mères, un certain nombre d’informations sur les dispositifs existants pour les aider dans leurs angoisses, leurs problématiques particulières. L’accompagnement par les TISF en fait partie et gagnera ainsi en visibilité auprès des familles.

La FNAAFP-CSF plaide depuis des années pour la création d’une nouvelle prestation familiale « périnatalité ». Cette idée gagne-t-elle du terrain ?

Le dispositif d’accompagnement à domicile par les TISF est important pendant la grossesse mais il l’est également en sortie de maternité pour intervenir sur le lien parents-bébé. On connaît aujourd’hui, du fait d’une littérature scientifique bien documentée, les conséquences désastreuses des dysfonctionnements du lien parents-bébé sur le développement de l’enfant, sa bonne santé. Parmi ces troubles de l’interaction, la dépression du post partum, à elle seule, touche plus de 80 000 femmes chaque année, soit entre 10 % et 15 % des femmes qui accouchent tous les ans. Les enjeux en termes de santé publique sont énormes. Le financement de la prévention permettrait de faire des économies très importantes sur les dépenses de santé des enfants et des jeunes adultes confrontés, bébés, aux troubles du lien principalement avec leur mère. Adrien Taquet, le secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, a lui aussi bien compris l’importance de la prévention et le rôle des TISF dans la prévention des troubles relationnels parents-bébé. A présent, il est essentiel de transformer l’essai en mettant en place cette prestation familiale « périnatalité ». Actuellement, seules 2 000 familles sont accompagnées alors qu’il faudrait en accompagner 80 000 chaque année. La marge de progression est énorme.

Les TISF ont longtemps souffert d’un manque de reconnaissance. Ces professionnels sont-ils désormais mieux identifiés par les autres acteurs ?

Les acteurs de la périnatalité, de la petite enfance et de la protection de l’enfance ont bien identifié le rôle et la mission des TISF comme étant complémentaires aux leurs. Les équipes dans les maternités intègrent nos dispositifs comme complémentaires [notamment dans le programme d’accompagnement au retour à domicile des femmes ayant accouché (Prado)].

Qu’en est-il de l’attractivité du métier ?

Dans la branche de l’aide à domicile, le recrutement des professionnels est le souci numéro 1 dans l’accompagnement des personnes âgées et handicapées mais également des familles. Les pouvoirs publics doivent nous aider à rendre le métier de TISF plus attractif, reconnaître cette profession en lui donnant des droits, en améliorant les conditions salariales et de travail. En tant qu’employeurs, il faut que l’on soit en capacité de mettre en place des stratégies de communication pour intéresser les jeunes à ces métiers. Ils sont encore trop peu nombreux à connaître cette possibilité de métier après le bac. Il y a, par ailleurs, une déperdition importante dans les effectifs au cours des deux ans de formation initiale. Le métier de TISF est complexe, difficile, et certains redoutent de se retrouver à gérer seuls à domicile des cas difficiles. Nos financeurs doivent donner les moyens nécessaires aux services d’aide à domicile pour mettre en place un accompagnement des professionnels via des temps de soutien, des temps d’analyse de la pratique et d’échanges des TISF avec leurs collègues et les autres travailleurs sociaux. Grâce à un financement par la branche « famille » de la sécurité sociale, nous menons actuellement une étude sur le recrutement des TISF, leur formation, et la manière d’améliorer les dispositifs qui nous permettront d’avoir les professionnels à disposition demain. Le 28 novembre, nous restituerons les résultats auprès des partenaires.

La FNAAFP-CSF a-t-elle été auditionnée par la commission « 1 000 premiers jours de l’enfant », présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik ?

Les prises de contact sont en cours. La FNAAFP-CSF ne sera pas auditionnée par la commission « Cyrulnik » en séance plénière mais certainement par un des sous-groupes de la commission. En partenariat avec l’Alliance francophone pour la mentale périnatale dont la FNAAFP-CSF est membre, nous préparons un colloque, avec un groupe de députés, sur les « 1 000 premiers jours de l’enfant ». Cet événement devrait se tenir à l’Assemblée nationale, en décembre ou en janvier 2020, donc en amont des conclusions de la commission « Cyrulnik » attendues en février.

Une mission parlementaire travaille actuellement sur « l’évolution des politiques familiales aux enjeux du XXIe siècle ». Avez-vous été invités ?

Oui, nous avons été auditionnés par cette mission parlementaire. Le soutien et l’accompagnement des familles est l’ADN de notre fédération. Au-delà d’une simple gestion des services de TISF, la volonté de la FNAAFP-CSF est de construire et d’apporter sa contribution à une politique familiale plus globale en prenant en compte par exemple les nouvelles formes de famille, mono ou homoparentales, les problématiques de la pauvreté, de l’isolement, du logement. La politique familiale n’est jamais figée, elle doit suivre les évolutions des familles.

100 millions d’euros pour une prestation familiale légale « périnatalité »

Alors que le gouvernement a lancé le chantier des « 1 000 premiers jours de l’enfant », la FNAAFP-CSF défend, à nouveau, l’idée de la création d’une prestation familiale légale « périnatalité », afin de « mieux répondre aux besoins des familles souvent seules en sortie de maternité, et ainsi mieux prévenir les difficultés du lien parents-bébé ». Gérée par la branche « famille » de la sécurité sociale, cette prestation consisterait en 20 heures d’intervention de techniciens de l’intervention sociale et familiale (TISF). Au-delà d’un soutien à la parentalité à domicile, cette prestation permettrait « de réaliser un diagnostic sur la qualité du lien entre les parents et leur bébé, de prévenir les troubles relationnels, et d’orienter dans un deuxième temps les familles vers d’autres dispositifs si nécessaire », défend la fédération. La FNAAFP-CSF estime qu’« une enveloppe de 100 millions d’euros » serait suffisante pour une mise en place effective de cette prestation. Si en théorie le coût pourrait avoisiner les 560 millions d’euros par an (20 heures d’intervention en sortie de maternité x 35 € x 800 000 femmes), la fédération augure que seulement 25 % des femmes feront une demande d’adhésion au dispositif en rythme de croisière et beaucoup d’entre elles n’iront pas jusqu’au bout des 20 heures d’accompagnement.

Autre argument avancé : la gestion de cette prestation par la branche « famille » de la sécurité sociale permettrait de supprimer de facto le reste à charge supporté actuellement par les familles. Ce qui éviterait ainsi toute différence de traitement entre les femmes qui restent plus longtemps à la maternité (prise en charge intégrale par l’assurance maladie) et celles qui sortent plus rapidement et qui utilisent de ce fait un accompagnement à domicile.

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