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Construire les formations sociales de demain

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Elaborer de nouvelles formations en réponse aux besoins des travailleurs sociaux et des acteurs de l’intervention sociale s’avère plus complexe et plus lent que souhaité. Cependant, une nouvelle offre voit le jour progressivement dans plusieurs domaines. C’est ce qu’explique Diane Bossière, déléguée générale de l’Unaforis.

« 13 diplômes d’état ont structuré, au cours des 50 dernières années, les 13 métiers regroupés aujourd’hui sous l’appellation “travail social”. Ils sont inscrits au code de l’action sociale et des familles, sous la responsabilité du ministère des affaires sociales, avec des règles spécifiques. Ce sont des cursus organisés en “alternance intégrative”, ce qui participe de leur qualité. Ils ont été principalement (mais non exclusivement) proposés depuis leur création par les établissements de formation au travail social regroupés au sein de l’Unaforis en tant que “formations initiales au travail social”. Elles sont référencées dans les conventions collectives et les grilles des fonctions publiques.

La réforme des diplômes, sur le fond et sur la forme, a commencé dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion (2015-2017). Elle est pilotée par le ministère des Solidarités et de la Santé (dont l’appellation “ministère des Affaires sociales” perdure dans le langage courant), mais est loin d’être terminée. Deux diplômes (DEAMP et DEAVS) ont été fusionnés en un seul en 2016 : le DEAES – diplôme d’Etat d’accompagnement éducatif et social –, avec un socle commun de compétences et trois spécialités proposées. Les contenus ont été revisités et complétés à cette occasion. Cinq autres de ces diplômes(1) viennent d’être reconnus au grade de licence et positionnés dans les grilles de la fonction publique à ce niveau, après deux ans de travaux sur le fond et la forme, auxquels ont été associés tous les acteurs. L’Unaforis en faisait bien sûr partie. Ils sont, depuis septembre 2018, proposés aux étudiants et stagiaires avec un socle commun de compétences générales, tout en restant spécialisés en termes de métiers. Ils proposent une évolution notable de certains de leurs contenus, pour être mieux adaptés aux besoins de compétences attendus sur le terrain.

Pour exemple, si les heures de formations consacrées à l’autisme n’ont pu être étendues en nombre, du fait du nombre de sujets à traiter dans ces cursus généralistes, elles ont de fait été rénovées sur le fond, pour intégrer les recommandations de la Haute Autorité de santé sur le sujet. Le réseau Unaforis a été partie prenante des travaux d’évaluation et de redéfinition menés par le comité interministériel du handicap et le ministère des Affaires sociales, avec les associations de familles et tous les autres acteurs concernés dans le cadre du plan autisme 2013-2017, auxquels fait référence Danièle Langloys, présidente de l’association France autisme, dans l’article des ASH n° 3109 du 3 mai 2019.

Et les établissements de formation proposent déjà de nouvelles formations complémentaires courtes – mais non certifiantes(2) – en formation continue, en lien avec les centres de ressources autisme et les employeurs demandeurs, dans plusieurs régions.

Une palette de formations

Beaucoup d’autres aspects de contenu ont ainsi été redéfinis dans les formations initiales et complémentaires, au niveau des postures, des enseignements, des modes d’intervention, irrigués par les recherches dans ces domaines et par les travaux du Haut Conseil du travail social et de l’intervention sociale, du Conseil national de la protection de l’enfance, du défenseur des droits ; mais aussi prenant en compte les recommandations des différentes politiques publiques (plans autisme, lutte contre la pauvreté…). Pour citer quelques-uns des sujets traités : la participation au développement social des territoires, l’utilisation du numérique dans les pratiques professionnelles et dans les usages des personnes accompagnées, l’accès aux droits fondamentaux, la participation des personnes accompagnées dans les institutions et dans les formations…

Les formations sociales sont ainsi en évolution permanente sur le fond et sur la forme, dans des démarches continues de qualité, qui concernent aussi leur construction et les pédagogies mises en œuvre, avec une activité de recherche appliquée qui est aujourd’hui reliée à des laboratoires universitaires.

Pour exemple, aujourd’hui les cinq diplômes attribuant le grade de licence ont évolué dans leur construction – notamment au niveau de l’intégration plus forte d’une dimension de recherche et d’une pratique de langue étrangère. Les formations sont dorénavant accréditées par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dans le cadre d’un conventionnement entre établissement de formation et universités des territoires concernés. Et les établissements de formation sont maintenant agréés par les conseils régionaux pour réaliser les formations. Elles sont aussi accessibles par parcoursup, leur donnant une visibilité auprès des lycées qu’elles n’ont jamais eues.

Tout cela est mené dans le but que les futurs travailleurs sociaux qui en sont issus, ainsi que leurs dirigeants, puissent mieux faire face aux nouvelles réalités et attendus de l’accompagnement des personnes concernées, dans les territoires, avec les compétences de base nécessaires.

Cela ne doit pas faire oublier que les autres diplômes de formation initiale n’ont pas encore bénéficié d’une telle rénovation, ce qui heureusement n’a pas empêché les établissements de formation d’en faire évoluer certains contenus dans le cadre des référentiels existants.

Mais – et c’est grave et urgent – aucun de ces diplômes et aucune de ces formations complémentaires proposées ne sont encore construits sous une forme qui permette à partir de 2020 leur financement sur les fonds de formation continue – en particulier en étant éligible au compte personnel de formation (CPF) –, telle que la réforme “choisir son avenir professionnel”(3) l’a dessinée, c’est-à-dire avec la nécessité que les cursus de formation soient proposés en “blocs de compétences certifiants capitalisables”… ce que seul le ministère des Affaires sociales peut piloter au niveau des diplômes et que la branche professionnelle aurait pu initier au niveau de la formation continue…(4)

C’est cette lenteur dans la rénovation de la formation initiale et dans la construction d’une véritable offre de formation complémentaire et certifiante pour les travailleurs sociaux et acteurs de l’intervention sociale en exercice, qui pose problème, comme le dénonce Danièle Langloys à propos de l’arrêté portant création d’un certificat national d’intervention en autisme, qui doit sortir en juin 2019 sur des référentiels validés en 2016… Premier arrêté du genre porté par le ministère des Affaires sociales, il laisse aux organismes de formation la responsabilité d’une mise en œuvre conforme, articulée à la formation initiale, sans financements dédiés…

Des formations certifiantes pour 2020

Quel autre secteur d’activité que le secteur de l’intervention sociale est aussi pauvre en offre de formation continue certifiante ?

La délégation interministérielle à la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, en articulation avec le Haut Conseil du travail social, vient de lancer des travaux ambitieux et pilotés par le ministère des Affaires sociales, pour construire rapidement les contours de formations complémentaires (petite enfance, développement social, référence de parcours…) qui devraient pouvoir être déployées dans toute la France dès 2020.

Alors, le réseau des établissements de formation et de recherche en intervention sociale qui constituent l’Unaforis a décidé, en partenariat avec les acteurs concernés par chaque formation à construire – personnes concernées elles-mêmes, scientifiques, associations et partenaires institutionnels –, de se doter au niveau national de la capacité à répondre par la mise en place dès 2020 de formations certifiantes, en premier lieu la formation “autisme”, dans le cadre du nouveau droit commun instauré par la loi “choisir son avenir professionnel” et mieux répondre ainsi aux attentes des acteurs sur le terrain. Nous nous y sommes attelés, non par “intérêt commercial” comme nous l’entendons souvent, et sans moyens supplémentaires dédiés, comme un investissement indispensable et un pari sur l’avenir, pour qu’il existe enfin une offre de formation certifiante, complémentaire aux diplômes de formation initiale, accessible aux travailleurs sociaux et acteurs de l’intervention sociale, portée par les connaissances, les valeurs et les partenariats construits au fil du temps par l’Unaforis. »

Notes

(1) Diplômes d’Etat : d’assistant social, d’éducateur spécialisé, d’éducateur technique spécialisé, d’éducateur de jeunes enfants, de conseiller en économie sociale et familiale.

(2) Certifiant est le terme générique utilisé dans la loi « choisir son avenir professionnel » pour parler des diplômes, titres, certificats de branche ou organismes de formation, validant des compétences acquises.

(3) Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, entrée en vigueur en janvier 2019.

(4) Une première formation certifiante de branche a été référencée au répertoire national des certifications professionnelles en décembre 2018 : le titre de moniteur d’atelier.

Contact : diane.bossiere@unaforis.eu

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