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Le grand débat à domicile

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SI TU NE VIENS PAS AU GRAND DÉBAT, LE GRAND DÉBAT VIENDRA À TOI. Cela pourrait être la devise du Cercle « vulnérabilités et société », qui entend bien s’immiscer au cœur des structures pour recueillir la parole des publics en situation de fragilité, quels que soient leur lieu de vie ou leur condition.

Pour l’un des membres fondateurs, Thierry Châtel, sociologue de profession, il n’était pas possible « de parler des personnes vulnérables sans leur donner la parole. Nous portons des questions universelles en termes de fragilités ontologiques, qui sont au cœur du tissu social. Ces multiplicités de vulnérabilités coexistent et ne peuvent pas être prises indépendamment. Le grand débat était l’occasion de faire passer ce message. »

Si les publics concernés sont les personnes âgées, handicapées ou en situation d’exclusion, il ne s’agit pas ici de les interroger sur la spécificité de leur vulnérabilité, sur les difficultés du quotidien. « Nous leur donnons l’opportunité de s’exprimer en tant que citoyens qui peuvent émettre une analyse sur des questions – d’écologie, de démocratie – qui concernent la société tout entière afin de les réhabiliter dans ce rôle », commente le membre fondateur.

Conscient que prendre la parole dans le cadre des débats en régions peut-être « un exercice intimidant », voire matériellement impossible, Thierry Châtel considère que la démarche consiste à créer « des zones tampons » pour amener ces publics à prendre confiance en leur parole. « Ils discuteront dans un premier temps en groupes homogènes, avant d’être mêlés à des groupes de personnes avec une approche plus rationnelle des problèmes, là où eux vont être plus intuitifs, plus émotionnels et imagés. »

Un exercice d’adaptation

Mais pour capter la parole, il faut la comprendre. Ainsi, les « valides » de ces groupes de discussion devront faire en sorte de s’adapter – en s’aidant, par exemple, de pictogrammes – au langage des autres, grâce à un travail conduit de concert avec les salariés de ces structures. Les messages, exprimés sous forme verbale ou non, seront ensuite transmis « en une parole qui se fonde dans le modèle de la parole normée du grand débat », poursuit Thierry Châtel. « Il faut une validation des personnes elles-mêmes pour être sûr que c’est ce qu’elles ont voulu dire. C’est un exercice de va-et-vient, pas un simple recueil de la parole, en la retraduisant pour qu’elle soit accessible et que cette validation ait du sens. Nous allons tester à vif et procéder aux ajustements nécessaires pour être le plus fidèle possible aux propos exprimés. »

Concrètement, des ateliers sur les thématiques du grand débat sont organisés au sein des établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), foyers d’hébergement, et autres structures d’accueil des associations et entreprises du cercle séduites par l’initiative. Si chaque adhérent bénéficie d’une certaine liberté dans l’organisation de ces événements, le think tank monte la garde. « Il faut veiller à ce que ce ne soient pas eux qui prennent la parole “au nom de”, ou que leurs propos soient déformés », prévient le sociologue. « Un membre fondateur du cercle est toujours présent en soutien, et pour être garant du cahier des charges. Mais nos membres avaient envie de porter ces voix sans prisme historique, et non d’être des porte-paroles. »

Si le premier débat a déjà eu lieu, le 21 février, dans un établissement du groupe Korian, d’autres vont suivre, organisés par l’Arche en France (le 25 février), Les Petits Frères des pauvres (le 28), l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), Œuvre Falret, les réseaux Maisons de famille, Vivre et travailler autrement ou encore la mutuelle AG2R La Mondiale.

Quand on lui demande enfin si le cercle pourra s’assurer – dans le cadre de handicaps mentaux, notamment – de la bonne compréhension des enjeux du débat, Thierry Châtel balaye l’interrogation d’un revers de main. « La question est moins importante que la réponse. Beaucoup de gens répondent à côté des quatre questions du grand débat. C’est une opportunité pour que les gens expriment ce qu’ils veulent dire, sans qu’on leur ait posé une question précise. Si on peut inscrire ces réponses dans les catégories du grand débat, on aura fait un travail sérieux et raisonnable. »

Un think tank composite

Créé en janvier 2018, le Cercle « vulnérabilités et société » accueille une trentaine de membres, d’horizons divers. Autour de la table se côtoient start-up, acteurs du monde associatif (Adef résidences) et grands groupes (BNP Paribas), pour discuter vieillissement de la population, précarité, accès à l’emploi des personnes handicapées, et participation sociale. « L’idée est de mettre autour de la table des gens qui n’ont pas l’habitude de se parler, encore moins de travailler ensemble, pour produire des solutions innovantes sur les thématiques qui les concernent », précise Tanguy Châtel, l’un des fondateurs. « L’intérêt à travailler ensemble plutôt qu’à s’opposer vient d’une prise de conscience graduelle, grâce à un glissement des représentations respectives. Sur l’emploi des personnes handicapées par exemple, le but était de passer d’une logique coercitive où les associations avaient tendance à culpabiliser les entreprises, à une logique de cohésion sociale, en se servant du secteur associatif comme marchepied vers l’emploi. »

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