« ON NE VEUT PLUS ENFERMER, attacher, contraindre comme cela se pratique toujours plus. On ne veut plus être enfermés, attachés, contraints, peu écouté et avec pour seule perspective convenable “d’être normalisés” et médicamentés. Nous ne voulons plus être honteux et indignes de “traiter” nos concitoyens de la sorte. »
L’appel à manifester lancé par le collectif Pinel en lutte, personnels du centre hospitalier Philippe-Pinel à Amiens en grève depuis sept mois, a été bien suivi. Plusieurs centaines de personnes – soignants, travailleurs sociaux, patients et familles – ont défilé à Paris le 22 janvier pour dénoncer les budgets en baisse, mais aussi les récentes orientations prises dans leur secteur.
Car depuis 30 ans, le nombre de lits en psychiatrie est en forte baisse, sans qu’il y ait de moyens suffisants mis sur l’accompagnement des patients à l’extérieur. « Les moyens sont loin d’être à la hauteur pour l’ambulatoire, comme pour l’hébergement et les structures qui doivent prendre le relai après une prise en charge, souligne Delphine Glachant, membre de l’Union syndicale de la psychiatrie (USP). C’est particulièrement sensible dans les hôpitaux de province, où des unités ferment et où il manque du personnel. »
Or les mesures annoncées par Agnès Buzyn au mois de décembre, puis renforcées en réponse à la mobilisation(1), n’ont pas semblé convaincre le secteur. L’USP, qualifie de « paille » les 50 millions d’euros supplémentaires pérennisés pour les budgets des établissements et services en psychiatrie. Mais au-delà des moyens, c’est la question du sens même du métier de soignant en psychiatrie qui pose problème. Pour Serge Klopp, infirmier retraité et responsable des questions psychiatriques au PCF, le secteur a connu à un réel changement de paradigme qui s’est accentué depuis la loi « Touraine » de modernisation de notre système de santé promulguée en 2016. « La psychiatrie, depuis cette loi, est devenue une spécialité médicale comme une autre, il faut qu’elle intègre le parcours de soin : le psychiatre ne s’occuperait plus que des crises et le suivi au long-court des patients stabilisés serait fait par le généraliste, explique Serge Klopp. Nous sommes en train de sortir d’une psychiatrie “humaine”, fondée sur le relationnel, pour ne plus prendre en compte que la dimension biologique, à la recherche de symptômes à traiter. »
« Nous affirmons que la psychiatrie est une discipline qui n’est médicale qu’en partie. Elle peut et doit utiliser les ressources non seulement des sciences cognitives, mais également des sciences humaines, de la philosophie et de la psychanalyse, pour contribuer à un renouveau des soins axés sur la reconnaissance de la primauté du soin relationnel », affirment professionnels et syndicats à travers un manifeste publié le jour de la manifestation, et qui a réuni plus de 300 signatures. D’autres mobilisations sont prévues, des assemblées générales se tiendront sur tout le territoire, dont une, le 22 février, réunira les secteurs psychiatrique, sociaux et médico-sociaux.
(1) Les 50 millions d’euros supplémentaires annoncés sont pérennisés et iront renforcer chaque année les moyens de la psychiatrie. Ils s’ajoutent en 2019 aux 64 millions d’euros issus des crédits dégelés exceptionnellement dans leur intégralité en décembre 2018. 40 millions seront également mobilisés cette année pour mener à bien les 37 actions de de la feuille de route « psychiatrie et santé mentale ». 10 millions d’euros supplémentaires permettront la création d’un fonds d’innovation organisationnelle en psychiatrie.