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L’OCDE appelle à une coopération internationale

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L’OCDE appelle à une coopération internationale

Crédit photo Sarah Bos
Dans un rapport publié le 11 janvier, l’OCDE appelle les Etats à renforcer leur coopération et l’échange d’informations pour faire face plus efficacement à l’afflux de réfugiés. Avec un objectif majeur : permettre une meilleure intégration de ces populations, dont les compétences restent souvent sous-exploitées.

ENTRE 2013 ET 2018, LE NOMBRE DE RÉFUGIÉS AU SEIN DES PAYS DE L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) s’est accru de 2 millions à 6 millions. Il a ainsi triplé en cinq ans, prenant de court les pays d’accueil. Et si, d’après l’OCDE, la crise est « passée » – le nombre de réfugiés a baissé en 2017 et 2018 –, l’heure est déjà aux bilans.

Fruit d’un travail de deux ans, le rapport « Mieux intégrer les migrants les plus vulnérables », publié le 11 janvier par l’organisme international, tire les leçons des défis nés de l’afflux de réfugiés auquel l’Europe a été confrontée ces dernières années. Il fait suite à un premier rapport, « Trouver ses marques 2018 », sorti un mois plus tôt, qui s’intéresse aux indicateurs de l’intégration des immigrés dans les pays de l’OCDE(1). L’objectif étant de mieux armer ces pays face aux autres situations de crises, car « les facteurs pouvant déclencher une nouvelle crise humanitaire ont peu de chances de diminuer ».

Bien que peu préparés, les Etats de l’OCDE ont été en capacité de gérer les demandes massives, estime l’organisation, et ce, « contrairement à une perception largement répandue ». L’absence de réactions rapides et planifiées (au niveau local, national, régional et mondial) a cependant eu des répercussions sur le débat public « au-delà de ce que la crise humanitaire justifiait », en donnant l’impression de flux migratoires incontrôlés. D’autant que ces pays, dont ceux membres de l’Union européenne, n’ont finalement été concernés que par une petite fraction des 68 millions de personnes déplacées dans le monde en raison des conflits.

Un passage plus lent à l’emploi

Au-delà de l’accueil, l’intégration des réfugiés est, pour l’OCDE, « un objectif de la plus haute importance ». D’abord pour l’« apport économique », mais aussi pour leur « acceptation » sociale. D’ici la fin de l’année 2020, les réfugiés auront contribué à faire progresser la population en âge de travailler de 0,3 % dans les pays européens. « Mais ils ont plus de mal que les autres groupes d’immigrés à s’intégrer sur le marché du travail, en raison de niveaux d’instruction plus faibles et d’un passage plus lent à l’emploi », soulignent les auteurs du rapport. Dans certains pays, les conséquences de l’afflux de réfugiés seront plus visibles : en Autriche, en Grèce et en Suède, les réfugiés arrivés récemment auront augmenté la main-d’œuvre de 0,5 %, et de 0,8 % en Allemagne. En Turquie, les réfugiés syriens représentent déjà 3 % de la population en âge de travailler.

« Aucun pays ne peut faire face seul »

Ces dix dernières années, la part des femmes dans la population immigrée a globalement augmenté. Elles représentent 40 % des réfugiés, avec des problématiques et des vulnérabilités particulières. Mais peu de politiques les ciblent spécifiquement, en dehors de dispositifs de formation linguistique ou de projets locaux à petite échelle. Les femmes réfugiées sont souvent sous-représentées dans les dispositifs d’intégration, notamment concernant le marché du travail. Pourtant, note l’OCDE, « le renforcement de leurs compétences semble plus rentable que pour les hommes réfugiés et présente également des avantages intergénérationnels ». « Pour assurer une meilleure intégration des réfugiés, il faut un investissement important dès le départ », estime Ulrik Vestergaard Knudsen, secrétaire général adjoint de l’OCDE, à l’occasion de la présentation du rapport à Paris. Plusieurs pistes sont développées. Il s’agirait de renforcer la coopération et le partage d’informations à l’échelle internationale pour déceler les signes avant-coureurs de hausses imminentes. « La coordination avec les acteurs du développement, de la paix et de l’aide humanitaire dans les pays en développement – qui abritent 85 % des réfugiés dans le monde – est également essentielle », estime l’OCDE. L’idée étant aussi de mettre en place des voies d’accès légales complémentaires pour ceux qui nécessitent une protection et de soutenir la réinstallation volontaire des migrants dans leur pays d’origine.

Il faudrait intensifier les efforts pour aider les réfugiés et les migrants vulnérables à trouver et à garder un emploi, en rendant l’accès à l’emploi plus simple et plus transparent, en développant les cours de langue, en reconnaissant les compétences. Et faire collaborer plus étroitement les acteurs concernés par l’intégration des migrants (société civile, milieu associatif, secteur privé, partenaires sociaux, organismes publics…). « Les associations d’aide aux migrants devraient être des interlocuteurs clé » des décideurs politiques, suggère l’OCDE, alors qu’augmente en Europe la criminalisation de l’aide humanitaire portée aux migrants. « Aucun pays ne peut faire face seul », martèle l’organisation. Le partage de bonnes pratiques entre pays d’accueil devrait être favorisé, et ce, avec des mécanismes de retour sur expériences et d’évaluation des politiques mises en place.

Les autorités sont aussi appelées à « développer des stratégies de communication adaptées » pour « sensibiliser le public aux difficultés des réfugiés et aux bénéfices de leur intégration », ainsi que des politiques aptes à aider les réfugiés à réussir leur insertion sociale et professionnelle.

Les indicateurs d’intégration en France

Le rapport « Trouver ses marques 2018 », publié par l’OCDE le 9 décembre, prend en compte 74 indicateurs afin de comparer le niveau d’intégration des migrants d’un pays à l’autre. Il s’agit par exemple des taux d’emploi, de chômage, de chômage longue durée, d’emploi peu qualifié, de travailleurs surqualifiés ou encore de migrants vivant dans des logements surpeuplés. Sur une bonne partie de ces critères, hormis le dernier, la France enregistre un retard par rapport aux taux moyens relevés dans les pays de l’OCDE. Le taux de chômage pour les populations nées à l’étranger est de 15,5 % en France, contre 8 % dans le reste de l’OCDE.

Notes

(1) Outre les Etats de l’UE, l’OCDE compte l’Australie, le Canada, le Chili, l’Islande, Israël, le Japon, la Corée, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse, la Turquie et les Etats-Unis.

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