Recevoir la newsletter

« Construire des relations de confiance entre ceux qui interrogent et les interrogés »

Article réservé aux abonnés

Pour le sociologue, mieux protéger un requérant n’est possible que si les conditions d’une relation de confiance sont mises en place.
En fait-on assez pour repérer et protéger les personnes dites vulnérables ?

On ne peut pas repérer physiquement une personne qui serait homosexuelle, et heureusement d’ailleurs. C’est le récit fait à l’Ofpra jusqu’à la CNDA et le dialogue avec les juges ensuite qui peuvent permettre de déceler la crédibilité lorsque le requérant dit qu’il est persécuté dans son pays en raison de son orientation sexuelle. Le plus difficile et en même temps le plus important, c’est de créer les conditions pour que tout ce qui touche au genre, à l’orientation sexuelle soit dicible même dans des instances très contraignantes. Il faut un grand travail de mise en confiance car si à l’Ofpra, une relation singulière avec l’officier de protection est possible, à la CNDA, les séances sont publiques. Ce qui rend la tâche plus compliquée parce que ce sont des choses qu’on ne dit pas facilement en public. C’est aussi vrai pour les viols qu’ont subis certaines femmes chez elles et/ou sur la route de l’exil.

Un travail a-t-il été mène en ce sens ?

Il y a de plus en plus de formations aussi bien à l’Ofpra qu’à la CNDA. Le HCR a beaucoup travaillé, notamment, sur les conditions à réunir pour construire des relations de confiance minimum entre ceux qui interrogent et celui ou celle qui est interrogé. Or, il faut reconnaître qu’à l’Ofpra comme à la CNDA, vous êtes dans des espaces de « suspicion » à priori, puisqu’il s’agit de dire des choses qui sont censées être crues par ceux qui vous écoutent. Il ne faudrait pas que ce que vous dites soit éloigné des catégories d’entendement des juges. C’est un exercice à la fois difficile et aléatoire. Peu de juges ont été au Bangladesh, par exemple. Être sur place et voir les choses, ou lire un rapport, cela ne produit pas les mêmes effets. Depuis quelques années, on s’est rendu compte qu’il était nécessaire d’aller au plus près des situations des requérants dans leur pays d’origine, pour voir ce qu’il s’y passe dans la perspective de rendre plus fines les analyses et de contribuer à essayer de juger au plus près du vraisemblable. Mais cette dynamique ne sera jamais parfaite car ce ne sont que des missions et non des enquêtes de longues durées. Les missions consistent à aller voir les uns et les autres dans un cadre contraignant : en Chine ou en République démocratique du Congo, vous ne pourrez pas avoir les coudées franches pour mener des enquêtes en toute liberté.

Qu’en est-il des interprètes ?

L’interprétariat c’est l’une des choses à laquelle on n’a pas assez réfléchi, pourtant c’est l’une des pièces centrales du dispositif. Ce ne sont pas simplement des traducteurs censés traduire le plus précisément les propos du requérant. Il y a des mots qui en français existent et qui peuvent ne pas exister dans d’autres langues. Ce sont des enjeux importants. En matière d’études, on réfléchit beaucoup sur les réfugiés mais peu sur les juges, et pas du tout sur les interprètes. On sait très peu de choses sur leur formation, sur leur trajectoire et ce milieu est très composite. Je pense qu’il est extrêmement important d’introduire les interprètes dans les jeux de fonctionnement des institutions, et pas seulement travailler sur la déontologie, car à la CNDA leur place est loin d’être mineure.

Repères

Sociologue, professeur de sociologie à l’université de Strasbourg, Smaïn Laarcher a été l’un des représentants du Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) pendant quinze ans. Auteur de plusieurs livres, il a écrit notamment le Peuple des clandestins (Calmann Lévy, 2007)

Décryptage

S'abonner
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client 01.40.05.23.15

par mail

Recruteurs

Rendez-vous sur votre espace recruteur.

Espace recruteur