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Le président de la République a annoncé qu’en 2019, une loi sur le financement de la dépendance serait votée et s’articulerait autour de la création d’un nouveau risque. Les axes de cette réforme résulteront d’un débat national que le Gouvernement va prochainement lancer. Aux ASH, nous avons décidé de prendre de vitesse Emmanuel Macron et d’ouvrir dès maintenant ce débat. Faut-il créer ce fameux « 5e risque » ? Comment le financer ? Comment l’organiser ? Pour répondre à ces questions, entre autres, nous avons sollicité les responsables de plusieurs fédérations et structures représentant le secteur social et médico-social pour qu’ils expriment leur réflexion sur ce sujet dans des tribunes de libre expression.Aujourd’hui, ce sont Marie-Josée Daguin et Thierry d’Aboville, respectivement présidente et secrétaire général du réseau de l’Aide à domicile en milieu rural (ADMR) qui apportent leur contribution.

Le débat sur le financement de la perte d’autonomie est revenu fortement sur le devant de la scène depuis plusieurs mois, avec l’alerte lancée par le Comité consultatif national d’éthique sur les enjeux du vieillissement, l’annonce par la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, d’une feuille de route pour les personnes âgées, ou encore l’évocation par le président de la République d’une possible mise en place d’un 5e risque de protection sociale. Pour l’ADMR, acteur associatif majeur des services et de l’accompagnement des personnes à domicile depuis plus de 70 ans, la question n’est pas que financière : la place des aînés est un réel enjeu de société.

Face au vieillissement inédit de la population dans les prochaines années, la France fait face à un défi de grande ampleur : celui d’accompagner ses aînés, sans discrimination et dans le respect de leurs choix de vie.

Né dans l’immédiat après-guerre, pour venir en aide aux familles, le réseau ADMR a été le témoin privilégié des évolutions successives de la société et les a accompagnées par la diversification de son activité et un souci constant de renforcer le lien social. Aujourd’hui, le maillage du territoire français par ses 2 700 associations locales, ses 94 000 salariés et ses 95 000 bénévoles au service de plus de 720 000 clients et patients donne toute sa légitimité au réseau ADMR pour prendre la parole sur un sujet sociétal majeur.

Lors de la présentation fin mai du plan « Grand âge et autonomie », la ministre des Solidarités et de la Santé a annoncé de nouvelles mesures pour la prise en charge de la dépendance, et notamment 360 millions d’euros pour les Ehpad et 100 millions d’euros pour l’aide à domicile. Cette annonce va dans le bon sens. Mais il s’agit, une fois encore, de mesures d’urgence qui n’apportent pas de solution pour un financement pérenne, ambitieux et à la hauteur de l’enjeu. De plus, l’accent est mis sur les améliorations de l’accueil dans les institutions, les maisons de retraite. Or, les Français, dans leur immense majorité, plébiscitent le maintien à domicile.

Le lien social comme ciment de la société

Quelle société voulons-nous ? Quelles valeurs souhaitons-nous transmettre à nos enfants ? La place de nos aînés et leur accompagnement à domicile constituent, d’un point de vue éthique, un réel enjeu de société. L’alerte lancée au mois de mai 2018 par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pointe les conditions de vie difficiles des personnes âgées et leur manque d’intégration dans la société. Le fait de ne pas prendre pleinement en charge nos aînés et de ne pas les considérer comme des citoyens acteurs à part entière de la vie collective serait une indignité grave pour notre société.

L’âge et la perte d’autonomie ne doivent pas, ne peuvent pas, représenter un facteur de discrimination sociale. Donnons-nous les moyens pour aller vers une société plus inclusive et respectueuse vis-à-vis des personnes âgées.

À cet égard, l’intergénérationnel est une dimension sociétale vertueuse, que le réseau ADMR s’emploie à développer, notamment dans ses structures d’accueil collectif des jeunes enfants (crèches, micro-crèches, haltes-garderies, etc.) ou encore dans le fonctionnement et les animations proposées au sein des habitats regroupés labellisés Habiter Autrement ADMR, qui constituent pour les seniors une solution intermédiaire entre le domicile et la maison de retraite. Une société où il fait bon vivre est une communauté où chacun trouve sa place, dans le respect des différences et l’apport mutuel.

Aujourd’hui, notre société a plus que jamais besoin de lien social, notamment pour lutter contre la solitude dont souffre un grand nombre de nos aînés. Le renforcement de ce lien social est au cœur, depuis toujours, du projet politique de l’ADMR et porté par les salariés, bien évidemment, mais aussi très fortement par les bénévoles issus de la société civile. En la matière, l’apport du bénévolat est essentiel.

La solidarité nationale au cœur du dispositif

L’annonce par le gouvernement de l’instauration – d’abord envisagée pour cet été puis prévue pour décembre prochain – d’une Semaine nationale pour promouvoir l’engagement bénévole est une initiative que l’ADMR accueille favorablement et entend relayer. Le défi de la perte d’autonomie est également économique. L’aide à domicile souffre d’un sous-financement chronique qui ne permet pas, dans bien des cas, d’apporter le niveau d’accompagnement suffisant aux personnes. Pour les mêmes raisons, financières, notre secteur souffre d’un manque d’attractivité et peine à recruter et à attirer les bons profils. Pourtant, les perspectives démographiques, les attentes fortes des seniors désireux de préserver leur qualité de vie, tout indique que le secteur de l’aide et des soins à domicile est porteur de métiers d’avenir, où l’humain joue un rôle central. Notre société doit se donner les moyens de faire face à cet enjeu avec courage et justice : c’est véritablement la question du vivre ensemble qui se pose !

Le mouvement ADMR n’a cessé de cultiver les valeurs de solidarité, de proximité et d’universalité. Des valeurs qui reposent sur un socle d’humanisme. Acteur de l’économie sociale et solidaire bien avant que cette notion ne soit en vogue, l’ADMR milite pour le maintien d’une politique publique du domicile au sein de notre modèle de protection sociale et pour la mise en œuvre d’une réforme du financement du secteur s’appuyant principalement sur la solidarité nationale. Parce qu’une société digne de ce nom se fonde sur un pacte entre les générations, l’instauration d’une entraide entre ses différentes composantes. Poser cette affirmation, ce n’est pas revendiquer que l’État subvienne, seul, à tous les besoins. Mais la solidarité doit rester le principe de l’accompagnement des seniors, un principe juste et nécessaire.

Poser cette affirmation, ce n’est pas non plus attendre de l’État qu’il assume seul toute la responsabilité de la mise en œuvre de la politique d’accompagnement de la perte d’autonomie. Pour l’ADMR, le département est et doit rester l’échelon central : sa légitimité se fonde sur la proximité ; c’est également le conseil départemental qui en assure en grande partie le financement. L’État, en revanche, doit être le garant d’une mise en application juste sur l’ensemble des territoires et ainsi veiller à la cohérence nationale de sa politique.

Poursuivre le débat

La loi d’adaptation de la société au vieillissement, élaborée sous la précédente législature, est entrée en vigueur en janvier 2016. L’ADMR avait alors salué certaines avancées de fond, mais avait déploré que les financements nécessaires à sa mise en œuvre complète ne soient pas à la hauteur des attentes : si le texte a certes donné la priorité à l’aide à domicile pour l’avenir, il n’a pas déterminé le modèle économique à mettre en place pour être en mesure, demain, d’accompagner tous les seniors en perte d’autonomie, sur l’ensemble des territoires, selon leurs choix et leurs besoins. En 2017, l’ADMR avait regretté le peu de place accordée aux questions relatives à la famille et aux personnes âgées lors de la campagne présidentielle.

À l’heure d’un premier bilan de la loi, le constat qui est fait aujourd’hui par les salariés et les bénévoles des fédérations départementales et associations locales ADMR est que la revalorisation de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) induite par la loi d’adaptation de la société au vieillissement n’a pas permis de réduire l’écart très important (parfois jusqu’à 30 %) du montant de l’APA d’un département à l’autre. Ces disparités sont contraires aux principes d’universalité et d’égalité de traitement que défend l’ADMR.

Nous ne pouvons donc que saluer le retour du questionnement sur le modèle économique à mettre en place pour assurer de manière égalitaire et pérenne le financement de la perte d’autonomie dans l’ensemble des départements. L’ADMR tiendra toute sa place dans la réflexion que la ministre appelle de ses vœux pour « anticiper et répondre au défi du vieillissement et de la perte d’autonomie ». Le débat est constructif, gageons qu’il ne restera pas improductif.

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