Tout juste installé dans son nouvel appartement, l’homme enchaîne les rendez-vous : à Pôle emploi, chez les médecins, dans les administrations, avec la juge d’application des peines, avec l’agent d’insertion et de probation, et toutes « les autres autorités qui me suivent comme si beaucoup de gens s’inquiétaient pour moi ou qui sont “après moi” […] ».
Qui est-il exactement ? Comment s’appelle-t-il ? D’où vient-il, et qu’a-t-il fait pour se retrouver là ? Le mystère demeure tout au long de ce récit à la première personne. Un texte où le lecteur se retrouve littéralement dans la tête du protagoniste : on « entend » ses craintes (le téléphone sonne et jamais il ne répond ; il a la manie d’acheter des cadenas et de vérifier que les portes sont bien fermées), ses souvenirs (comme cette psychologue qui ne l’aimait pas et ne l’a pas beaucoup aidé), sa nervosité, sa réinsertion difficile…
La sécurité des personnes et des biens est un objet littéraire non identifié, dans lequel les idées se bousculent, chaque fois entrecoupées de bouffées de cigarette. Confronté à ces névroses, le lecteur, intrigué, s’interroge sur la réalité de ce qu’il lit. Le texte est court mais l’ouvrage est complété par une série de photos éclectiques réalisées par Myr Muratet. Ces images et objets divers de la vie de banlieue, sans aucune légende, sans guide, sont peut-être tout simplement le reflet de ce que l’homme voit : une barre d’immeuble, un vieux bout de savon dans une baignoire, un chien qui aboie, un SDF allongé devant une vitrine, une chaise en plastique abandonnée dans la forêt… L’ouvrage est sous-titré « Drame social ».
La sécurité des personnes et des biens – Manuel Joseph et Myr Muratet – Ed. POL – 28 €