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Le Haut Conseil à l'intégration s'inquiète des crispations identitaires

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« L'ouverture de notre conception française [de l'intégration] se concilie-t-elle, et comment, avec des risques d'éclatement, naissant d'un lien social affaibli ? » Et dans quelle mesure « la tendance au repli sur soi, à l'enfermement des différentes composantes de la société » ne remet-elle pas en cause cette conception ? Telles sont quelques-unes des questions soulevées par le rapport, rendu public le 17 mars, du Haut Conseil à l'intégration (1). Lequel s'inquiète de « la crispation réciproque  » de la société d'accueil et des immigrants.

« La discrimination à l'encontre des jeunes d'origine étrangère est une réalité dans notre société », constatent les rapporteurs, évoquant notamment les inégalités d'accès aux emplois et au logement. Mais, encore faut-il comprendre les racines d'un tel comportement : « Comme le sentiment d'insécurité, la discrimination est à la fois l'origine et l'une des conséquences de l'inquiétude d'une partie croissante de la population quant à sa propre identité. Ce sont des peurs qui sont à l'œuvre. » Et d'ailleurs, l'enfermement de certains jeunes dans leur propre particularisme ne fait que renforcer ces pratiques d'exclusion.

Les établissements scolaires reflètent également ces mécanismes d'affaiblissement du lien social (violences, absentéisme...) et de replis identitaires (port du foulard...). Là, la perte des repères et des valeurs se manifeste notamment par la montée de la violence et «  le refus de l'effort » des jeunes. Ces derniers rêvant souvent d'obtenir des résultats immédiats sans investissement personnel. Quant au sport, s'il a toujours joué « un rôle significatif » dans l'intégration des jeunes, cette fonction rencontre « des obstacles spécifiques », est-il encore souligné. A commencer par la difficulté des jeunes à passer de la pratique de rue à la discipline d'un club. Enfin, le rôle de la prison est sévèrement critiqué. Celle-ci semble exercer « une influence ambiguë - à vrai dire souvent négative - sur les chances et conditions d'intégration » et ce, quels que soient les efforts des responsables, souligne le Haut Comité. Car, loin d'être un temps de réapprentissage des valeurs, celle-ci peut au contraire exposer les jeunes délinquants à « encore plus de marginalisation ». Outre le manque d'effectifs des équipes socio-éducatives, le rapport dénonce « les regroupements fréquents des détenus par ethnie » ou, à l'inverse, « le mélange de populations très différentes tels les étrangers en situation irrégulière et les véritables délinquants ».

Tel est le constat, pour le moins alarmant, dressé par le Haut Conseil à l'intégration sur les mécanismes d'intégration de la société française. Lequel recommande, notamment, l'affirmation d'un discours fort sur l'intégration rappelant l'égalité des droits et devoirs de chacun et assorti d'une « mise en œuvre effective ». Les sages soulignent également l'intérêt dans certains cas de créer des structures adaptées. Comme, par exemple, les classes ou sections adaptées aux difficultés de certains élèves mises en place par certains établissements, à condition qu'elles n'aient qu'une fonction de sas. De même, en matière sportive, des animateurs sportifs, reconnus par les jeunes, pourraient contribuer à favoriser le passage d'un jeu spontané à une pratique organisée, suggèrent les rapporteurs. Lesquels, face au développement de la délinquance des mineurs, appellent par ailleurs de leurs vœux « une révision du cadre législatif actuel » pour combattre « le sentiment d'impunité ». Enfin, dernière piste à développer, le recours aux médiateurs... Des réflexions qui n'empêchent pas les sages de garder espoir dans le modèle français d'intégration : «  Nous ne pensons pas, puisque d'immigration il s'agit, que notre creuset ait entièrement fondu ! Il a simplement beaucoup changé. »

Notes

(1)  Affaiblissement du lien social, enfermement dans les particularismes et intégration dans la cité -Haut Conseil à l'intégration : 57, rue de Varenne - 75007 Paris - Tél. 01 42 75 72 41.

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