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Les prémices d'une sensibilisation

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Depuis 1995, les six permanences téléphoniques d'Alma (Allô-maltraitance des personnes âgées) ont reçu 2 000 appels (1). Le point avec Françoise Busby, coordinatrice.

Actualités sociales hebdomadaires  : Les antennes d'Alma permettent, à travers l'écoute téléphonique des personnes victimes ou de leur entourage, de prendre en compte les maltraitances aux personnes âgées. L'expérience a-t-elle, selon vous, permis de lever un peu le tabou ?

Françoise Busby  : Je ne sais pas si elle a levé le tabou mais elle a, je pense, permis une certaine prise de conscience. Au niveau local, le dispositif permet, en tout cas, une large sensibilisation du public, des professionnels mais aussi des administrations. En effet, à côté de la permanence téléphonique avec des bénévoles formés, nous nous appuyons sur des référents professionnels (travaillant en général dans un centre gérontologique) qui assurent un suivi des dossiers. En outre, dans chaque ville, nous avons un comité technique de pilotage avec des membres de la justice, le juge des tutelles, la police, des psychiatres, des gériatres, des représentants de la DDASS, du conseil général...

ASH  : 2 000 appels reçus depuis 1995. Quels enseignements en tirez-vous ?

F. B.  : On a vu en 1996 une augmentation des appels, non seulement des personnes âgées ou de leur entourage, mais également des professionnels :assistants sociaux, responsables d'aides-ménagères, responsables de CCAS... Ce qui est nouveau et encourageant. Cela traduit un début de sensibilisation à la maltraitance des personnes âgées, alors que jusqu'ici, cela ne venait même pas à l'esprit que le phénomène puisse exister.

ASH  : Les personnes âgées sont-elles nombreuses à appeler ?

F. B.  : 16 % des appels viennent des personnes âgées directement. Même si l'on espère évidemment que cette proportion augmentera, ce faible pourcentage est normal. En général, les personnes âgées ne se plaignent pas, ce qui contribue à entourer le phénomène d'un voile de silence. D'autant que, lorsqu'il y a de telles situations à l'intérieur des familles, elles n'osent pas se manifester. Je crois qu'il faut un certain temps pour que les gens sachent qu'ils ont le droit de se défendre. Et surtout qu'ils réfléchissent sur le fait qu'ils sont peut-être en situation de maltraitance. Ils ne le savent pas tous.

ASH  : Quelles sont les formes de maltraitance ?

F. B.  : Il y a différentes formes de maltraitance, le plus souvent associées. Beaucoup sont d'ordre psychologique et s'exercent au sein de la famille : il s'agit de menaces de rentrer en maison de retraite, de ne plus voir les petits-enfants... On rencontre également de plus en plus de maltraitances financières comme forcer la signature de chèques, faire des procurations abusives... Mais il y a aussi des maltraitances civiques, comme les mises sous tutelle ou curatelle abusives. Ou, comme le fait, dans une maison de retraite, d'utiliser les bulletins de vote des personnes pour élire tel candidat...

ASH  : Et les maltraitances par omission ?

F. B.  : Ce sont toutes les omissions, les négligences... Par exemple, ne pas aider les personnes âgées à manger, à aller aux toilettes, à marcher. Ces maltraitances, qui ne sont pas forcément volontaires, n'en constituent pas moins des formes de violence. Souvent institutionnelles, elles restent extrêmement difficiles à appréhender. Car si le milieu familial est déjà très fermé, en institution il l'est encore davantage. Mais je crois que les soignants ont des choses à dire là-dessus. Ils vivent parfois des choses difficiles et il faudrait qu'ils parlent.

ASH  : Quel est le suivi des dossiers ?

F. B.  :Tout dépend de la demande de la personne. Si elle veut qu'on fasse un suivi, et avec son accord, nous contactons suivant les cas le médecin, les voisins, les amis, les autres membres de la famille, le juge des tutelles, les DDASS... Mais le plus difficile, c'est d'avoir un retour de l'information. Car la maltraitance des personnes âgées n'est pas nécessairement une priorité. Par exemple, il est souvent difficile de contacter les assistantes sociales de secteur. Outre qu'elles sont souvent surchargées, ce n'est pas dans leurs priorités. On leur demande d'abord de s'occuper de la maltraitance des enfants. Certes, je le conçois. Mais celle des personnes âgées est tout aussi importante.

Propos recueillis par Isabelle Sarazin

PREMIERS CHIFFRES

Lancée, en février 1995 , à l'initiative du professeur R. Hugonot, et au départ pour une durée de deux ans, l'action recherche Alma (Allô-maltraitance des personnes âgées)   (2) devrait se poursuivre. Et après Bordeaux, Grenoble, Mulhouse, Reims, Saint-Etienne, Limoges, une septième antenne devrait s'ouvrir à Strasbourg. Selon les résultats de l'évaluation (1995-1996) présentés le 12 février, les appels viennent dans 47 % des cas des villes et départements des antennes d'Alma, et pour 45 % des autres départements. Sur 818 études de dossiers, les maltraitances financières et psychologiques atteignent chacune 32 %et les violences physiques, en appui des précédentes, 14 %. Les autres maltraitances (médicamenteuses, civiques, de voisinage) sont en dessous de 10 %. Celles par omission étant « sous-estimées ». Au total : 705 dossiers, nécessitant un suivi personnalisé, ont été ouverts par les antennes. En moyenne, les personnes âgées ont 76 ans. Ce sont des femmes en majorité. Tandis que les « accusés » sont des membres de la famille (56 %).

Notes

(1)  Voir ASH n° 1988 du 13-09-96.

(2)  Siège social : Alma - BP 251 - 38007 Grenoble cedex 1 - Tél. 04 76 01 06 06.

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