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Les exclus de la santé sont de plus en plus jeunes

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En 1996, dix ans après l'ouverture de son premier dispensaire, la mission France de Médecins du monde   (1) a accueilli plus de 40 000 personnes dans ses centres de soins. Soit 30 % de plus que l'année dernière. « Et combien en 1997 ? », s'interroge l'association, qui rappelle ses dix propositions sur l'accès aux soins (2). Soulignant « l'ampleur » du drame de l'exclusion des soins, celle-ci a lancé, le 12 novembre, une semaine de sensibilisation intitulée « Urgence soins pour tous ». Objectif : interpeller les pouvoirs publics mais également informer et mobiliser le grand public. C'est ainsi qu'outre des réunions d'information à Paris et en province et une collecte nationale auprès des particuliers de leurs médicaments inutilisés, les 40 000 dossiers traités par l'organisation devaient être exposés, les 15 et 16 novembre, au Trocadéro.

Mais le lancement de cette campagne a été également l'occasion pour son président, Jacky Mamou, de rendre publics les résultats d'une enquête effectuée dans 22 des 31 centres auprès de 10 601 patients venus consulter au moins une fois au cours du premier semestre 1995 (3). Et qui dresse une photographie alarmante de « la population mal connue » des exclus des soins. Ce qui apparaît, ainsi, c'est que celle-ci est de plus en plus jeune. 52,1 % des patients accueillis ont moins de 30 ans et 10 % ont moins de 18 ans. Et la proportion des 20-34 ans est deux fois plus nombreuse que dans la population française. Autre caractéristique :plus des deux tiers des personnes vivent seules, même si l'on note des différences selon les sexes puisque c'est le cas de près de huit hommes sur dix (78,9 %) contre une femme sur deux.

L'enquête met également en évidence le niveau d'étude « plutôt élevé » , même s'il est assez inégal, des patients. Près de 20,4 % de la population a été jusqu'au collège et 12,2 % a suivi des études supérieures. Seule une minorité se déclare analphabète. Concernant la situation financière, les chiffres sont également éloquents : deux patients sur trois (65 %) survivent avec 20 F par jour, grâce aux prestations sociales, à la famille ou aux amis. Près de la moitié sont des jeunes de 18 à 25 ans n'ayant aucune ressource financière. Quant aux patients majeurs, 53 % sont déclarés sans emploi. Du côté de l'habitat, là aussi les conditions trahissent la très grande précarité. Si 25,8 % des personnes disposent d'un domicile fixe, la majorité sont logées dans des centres d'accueil, des squats ou en hôtel. Et 12,9 % vivent dans la rue, surtout des hommes.

Pourquoi viennent-ils consulter ? En général, les pathologies rencontrées ne diffèrent guère de celles de la population en général, souligne l'étude. Néanmoins, elles présentent des spécificités liées aux conditions de vie avec, notamment, une importance des problèmes cutanés et des troubles neuropsychiatriques... Par ailleurs, 24,1 % des personnes bénéficient d'une couverture sociale mais ne peuvent faire l'avance des frais médicaux ou faire face aux remboursements insuffisants de la sécurité sociale. 3,4 % des patients ayant droit à l'assurance maladie ignorent leurs droits sociaux, et ils ne sont qu'une minorité (0,8 %) à refuser de faire les démarches. Par contre, plus d'un tiers (38,3 %) ont recours aux soins gratuits parce qu'ils n'ont aucune couverture sociale.

Enfin, près d'un patient sur cinq est orienté vers les centres de Médecins du monde par les services sociaux de l'Etat ou des collectivités locales. Dans 5,6 % des cas, les personnes ont été adressées directement par un hôpital public ou un dispensaire, « ce qui souligne très clairement l'insuffisance des dispositifs mis en place pour faciliter l'accès aux soins », relève l'association. Laquelle, si elle reconnaît les améliorations apportées depuis dix ans, indique qu'au-delà des textes, « il faut une évolution des mentalités et des comportements » pour permettre un réel accès aux soins.

Notes

(1)  Médecins du Monde : 62,  rue Marcadet - 75018 Paris - Tél.  01 44 92 15 15.

(2)  Voir ASH n° 1954 du 22-12-95.

(3)  Enquête effectuée en collaboration avec l'observatoire régional de la santé et des affaires sociales en Lorraine  (ORSAS).

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