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Mobilisation générale autour de l'action sociale

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Plus de mille acteurs sociaux ont travaillé pendant un an pour remettre à plat l'action sociale dans le département du Nord. Synthèse et perspectives, le 25 juin dernier à Lille.

Plus de 50 groupes de travail, 250 réunions, 275 000 procès-verbaux pour 22 thèmes de réflexion sur lesquels ont planché 1 000 personnes - professionnels et acteurs sociaux de tout poil - pendant huit mois : voilà aujourd'hui le fruit de la concertation massive lancée il y a un an par le conseil général du Nord auprès de ses propres services et de ses partenaires, pour remettre à plat l'action sociale dans le département. Et définir un programme de développement social pour les cinq années à venir. Une première étape vient d'être franchie qui recense les lacunes de la politique départementale en faisant des propositions pour l'avenir. Au-delà de l'intérêt pour la méthode, certes d'envergure, l'analyse nordiste (1) traduit en miniature bien des enjeux pour l'action sociale dans l'Hexagone.

Socialement sinistré, sans doute plus que d'autres, le plus grand département de France a décidé de frapper fort. Agents départementaux et partenaires -secteur associatif, Education nationale, CAF, organismes de sécurité sociale, etc. - ont, eux aussi, joué le jeu. « Ils étaient demandeurs, affirme Roger Maubert, directeur adjoint de l'action sociale du département et grand maître de l'opération. Même s'il a fallu rassurer quant à l'appropriation politique que certains craignaient. » Et sans non plus se voiler la face : « Il faut tenter de sortir de nos contradictions en disant d'un côté que le social coûte cher et en nous lamentant, de l'autre, devant l'inflation permanente de nos dépenses d'aide sociale. Je crois que l'on peut améliorer la qualité des prestations et des services rendus aux usagers en revoyant nos méthodes et nos choix. »

Les pratiques des acteurs sociaux du département dénotent en effet un certain nombre de constantes :d'abord leur méconnaissance des ressources et des partenaires locaux sur un même secteur (accès aux soins, 18-25 ans)   l'absence d'une prévention précoce  les « réponses rigides, monolithiques et stéréotypées » de nombreux services publics ainsi qu'une insuffisante transversalité des services de l'administration départementale  les lacunes des partenaires dans le secteur des jeunes mineurs, des handicapés (MAS, CAT), des personnes âgées  enfin, une gestion dans l'urgence en protection de l'enfance (placement par exemple) ou dans le secteur de la santé « qui compromet à la fois la prise en charge éducative et la sérénité des équipes », lit-on dans le rapport de synthèse.

Les actions prioritaires

Les propositions des groupes de travail s'organisent autour de six axes. Parmi ceux-ci, repérer d'abord un certain nombre de lieux stratégiques pour l'action sociale, insuffisamment investis par les professionnels comme l'école (lieu de dépistage et d'éducation pour la santé) ou l'hôpital (lieu d'accueil de la détresse sociale, d'observation de la relation mère-enfant) ou encore le centre social, lieu de rencontre et de socialisation des habitants d'un quartier. Il s'agit aussi d'élargir et d'assouplir en amont la palette des réponses dans le domaine de l'aide sociale à l'enfance (développement des consultations des CMP, du nombre des personnes-ressources toxicomanie, réouverture des internats scolaires, création de services de suite et de semi-internats, placements familiaux à temps partiel, accueil mère-enfant...) et de la vieillesse (accueil temporaire, alternatives au long séjour). Il faudra retenir au nombre de ces suggestions, tant elles reflètent l'air du temps, le partenariat et le travail en réseau, indispensables pour garantir réellement la place et l'accueil de l'usager. Enfin, et non des moindres, la revendication d'une approche délocalisée des besoins et des réponses. Mais comment, dans ces conditions, garantir une couverture équitable des besoins qu'il s'agisse, de surcroît, du milieu rural ou des zones urbaines en difficulté ?

Vaste chantier, on le voit, dont l'ouverture a globalement reçu l'assentiment des travailleurs sociaux du département. Lors des réunions de concertation, Corinne Vargas, puéricultrice à la circonscription de Valenciennes-Anzin, « a découvert des partenaires et des logiques institutionnelles » qu'elle ne connaissait pas. « Pour une fois, nous avons pu prendre du recul par rapport au quotidien et réfléchir sur le fond », indique Monique Papin, responsable de circonscription à Maubeuge. Une démarche positive pour Anne Boussemart, médecin à la PMI de Guesnain, qui a permis « d'établir des passerelles avec nos partenaires plutôt que de pointer les dysfonctionnements ». Ce qui n'a pas empêché bon nombre de travailleurs sociaux de regretter l'absence fréquente des élus communaux aux réunions de travail. D'autres, comme Françoise Rouzet, responsable d'une équipe Enfance sur deux circonscriptions du Dunkerquois, nuancent leur propos : « Cette démarche nous fournit des pistes pour notre travail quotidien. Mais elle nous a demandé un investissement important. Il aurait été sans doute préférable de digérer d'abord les changements organisationnels successifs intervenus ces dernières années dans les services du département. » A l'issue d'un tel maelström, leurs attentes sont à la mesure du pari : « Nous espérons que le travail social sera enfin reconnu par les élus, poursuit Françoise Rouzet, et que nous aurons davantage de moyens pour développer la prévention. » Une urgence absolue pour les travailleurs sociaux du département : « Les personnels sont désemparés et de plus en plus démotivés devant la dégradation des situations familiales », insiste Corinne Vargas. « Il va nous falloir passer maintenant à la phase de négociation avec nos partenaires pour formaliser nos complémentarités et sans doute affiner nos propres missions de service en interne », prévoit Monique Papin. Des partenaires « impressionnés », selon Françoise Rouzet, qui, dans l'ensemble, ont salué lors de la synthèse générale, le 25 juin dernier, l'initiative voire « le courage » de l'exécutif départemental. Revers de la médaille, en quelque sorte, pour ce dernier : lesdits partenaires attendent désormais de pied ferme les propositions du département.

LE NORD FACE À LA PRÉCARIT É

 2,5 millions d'habitants.

 Dépenses d'action sociale :4,2 milliards de francs en 1995, soit plus de la moitié du budget global du département.

 Revenu moyen annuel : 67 400 F, constitué pour 40 % de prestations sociales.

 86 000 Nordistes ne perçoivent que des minima sociaux (RMI, API, AAH).

 2 000 agents des services sociaux et médico-sociaux du département font partie des 12 secteurs de prévention santé qui coïncident avec 12 secteurs d'action territoriale regroupant 42 circonscriptions d'action sociale.

Quels prolongements ?

« Jusqu'à présent le discours économique l'emportait », remarque René Staquet, président de l'Uriopss Nord-Pas-de-Calais, satisfait de voir le conseil général s'engager à présent dans la définition d'une politique d'action sociale. D'accord pour le développement d'un cadre conventionnel qui permette la cohérence des financements, « il reste à affiner les objectifs des politiques sectorielles et à connaître les moyens que vous y mettrez », lance-t-il à l'adresse du patron du département, Jacques Donnay.

Le directeur de la FNARS Nord-Pas-de-Calais s'avoue sceptique sur les prolongations possibles d'une démarche ambitieuse qui soulève des questions de fond telles que la nécessité de revoir les blocs de compétence et d'amorcer de nouvelles formes d'action sociale. « Nous avions peur d'être relégués au rang de prestataires de services  nous apprécions d'être considérés comme des partenaires. Mais comment les services du département vont-ils faire vivre cette concertation au quotidien ? », interroge le directeur d'une association de Tourcoing. Début de réponse apporté par Roger Maubert : une charte signée entre les associations et les partenaires publics devrait définir les rôles de chacun. Elle envisagerait le principe de schémas sectoriels, préparés en concertation, qui articuleraient les principes de la charte et les politiques d'action sociale. En référence aux schémas, des conventions devraient régler les rapports du département et des associations en prévoyant une approche pluriannuelle des financements en même temps que l'évaluation des actions.

Enfin, une conférence annuelle de l'action sociale permettrait de poursuivre ces premiers échanges. « Rendez-vous lors de la prochaine discussion budgétaire », résume Monique Papin qui, comme beaucoup de ses collègues, espère une meilleure répartition des moyens techniques et humains sur le territoire départemental. L'avenir proche dira en effet si le courage politique des élus du Nord est à la hauteur des espérances qu'ils ont fait naître.

Dominique Lallemand

ROGER MAUBERT : ÉVITER L'EXERCICE DÉMAGOGIQUE

ASH : En orchestrant cette démarche, vous avez pris des risques ? R. M.  : En effet. Le premier d'entre eux, c'était d'entrer dans un exercice démagogique additionnant les besoins des uns et des autres sans intégrer les contraintes budgétaires. Le deuxième, c'est que celles-ci nous empêchent d'aller jusqu'au bout de la logique que nous avons engagée. Le troisième, enfin, c'est que faire son autocritique peut avoir des conséquences difficiles à gérer à tous les niveaux. ASH : Quels enseignements en tirez-vous ? R. M.  : On peut déjà observer une reconnaissance réciproque entre des acteurs de terrain qui se sont découverts et qui commencent à tenir compte de logiques institutionnelles différentes. Il faut reformaliser le cadre de ce partenariat pour améliorer une coordination encore trop défaillante. Il va falloir aussi décliner dans tous nos secteurs d'intervention des réponses intermédiaires, plus souples, adaptées à l'évolution des besoins et orientées très fortement sur la prévention. En interne, cette mobilisation sera, je crois, un exercice salutaire pour nos services (le service social départemental, l'aide sociale à l'enfance, etc.) en leur proposant une plate-forme de réflexion pour leur projet de service. ASH : Et à plus long terme ? R. M.  : Dans les prochaines années, il va falloir mettre en place des politiques sociales locales en fonction d'enjeux de territoires. Ainsi, pour lutter contre l'exclusion, définir des territoires pertinents d'intervention, trouver une articulation conventionnelle satisfaisante avec nos partenaires et faire des efforts de priorisation des actions. Cela implique, en somme, d'améliorer la qualité de nos réponses en s'appuyant sur les moyens existants. C'est un impératif qui n'a rien de nordo-nordiste : il concerne tous les départements. ASH : Faire le choix de la prévention exige des investissements. En aurez-vous les moyens ? R. M.  : Je l'espère. Je vais m'employer à convaincre l'exécutif départemental qui va se saisir des conclusions de ces travaux et introduire un débat en commissions dès l'automne, de façon à définir sa stratégie et ses orientations budgétaires dès 1997. Propos recueillis par D. L.

Notes

(1)  Exposée lors des journées « Action sociale et partenariat » le 25 juin 1996 à Lille - Conseil général : 51, rue Gustave-Delory - 59047 Lille cedex - Tél. 20.63.59.59.

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