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4 ministres, 5 rapports et 1 vice-président

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Le Conseil supérieur du travail social achève son troisième mandat avec cinq rapports à son actif. Un bilan plutôt fécond, en dépit de certaines insuffisances.

C'est le 27 juin, en présence de Jacques Barrot, que le Conseil supérieur du travail social (CSTS) (voir encadré) se réunira pour la dernière fois dans sa composition actuelle, avant le renouvellement de ses membres pour trois ans. Redémarrage prévu à l'automne après la publication, au cours de l'été, de l'arrêté de nomination des nouveaux membres, parmi lesquels on devrait trouver davantage de représentants des employeurs et, pour la première fois, ceux des étudiants (1). Ce qui ne va d'ailleurs pas sans poser certains problèmes : quelle représentation légitime des étudiants travailleurs sociaux ? Et comment élargir la composition du CSTS dans la mesure où le ministre ne souhaite pas augmenter le nombre de ses membres ?

Au cours de ce troisième mandat, qui a débuté en juin 1993, le CSTS aura connu quatre ministres des Affaires sociales et mené à bien, notamment, cinq rapports. Deux d'entre eux ont été bouclés en octobre 1995 : « Travail social et éducatif en internat » et « Adaptation du marché de l'offre et de l'emploi des travailleurs sociaux »   (2). Les trois autres - « L'image des travailleurs sociaux », « Travail social et entreprise » et « L'intervention sociale d'aide à la personne »  - ont été achevés plus tardivement et présentés seulement en février dernier (3). Sans oublier le très important rapport d'évaluation sur le dispositif de formation des travailleurs sociaux (4). Lequel, s'il n'a pas fait l'objet d'un groupe de travail proprement dit, a été suivi de très près par le Conseil.

Quel bilan tirer de ces travaux ? « Notre ambition, durant ces trois années, a été de clarifier les références du travail social », explique Jacques Ladsous, vice-président et véritable cheville ouvrière du Conseil, pour qui « même s'il reste parfois des contradictions, il se dégage des cinq rapports des éléments qui devraient pouvoir aider à bâtir des références aujourd'hui recherchées par l'ensemble de la profession ». Un point de vue partagé par Gabriel Thollet, secrétaire fédéral du secteur social à la CFDT-Santé sociaux et membre du CSTS. « Le Conseil apparaît comme un lieu d'élaboration d'une espèce de doctrine à laquelle participent des directeurs, des formateurs, des professionnels, des syndicalistes... »

Concrètement, poursuit Jacques Ladsous, « nous avons tenté de bien distinguer le champ professionnel et les métiers qui s'y inscrivent tout en conservant à chacun leur spécificité. Il serait dommage que l'on dise que tout le monde peut faire n'importe quoi, n'importe où, n'importe comment. Et que l'on amalgame les différents métiers : AS, éducateur... S'il y a des professions distinctes, c'est qu'elles correspondent aussi à des exercices techniques spécifiques. Mais, il est également vrai que les références de tous ces professionnels doivent pouvoir converger ». Quant aux nouveaux métiers, « il est clair, estime le vice-président du CSTS , que si on les cantonne à un moment et des circonstances particuliers, ils ne peuvent que se dévaloriser en petits boulots occasionnels. C'est pourquoi il faut les ramener dans la famille générale des professions sociales ».

Les discussions ont parfois été âpres et animées au sein des groupes de travail et certains rapports critiqués. C'est le cas, par exemple, de « Travail social et entreprise » sur lequel la CGT se montre assez réservée. « Ce rapport s'inscrit dans un contexte de gestion de l'exclusion sans toujours suffisamment remettre en cause les processus aboutissant à cette situation », regrette Jean-Claude Valette, représentant l'UGICT-CGT au sein du CSTS. A l'inverse, le rapport « L'intervention sociale d'aide à la personne » semble faire l'objet d'un certain consensus. Sans doute parce qu'il tente de réconcilier les dimensions individuelle et collective du travail social. En effet, explique Jacques Ladsous, « les travailleurs sociaux interviennent à la fois sur un collectif et des gens. Et si ces deux dimensions n'existent pas, quelque chose manque au sens même du travail social. C'est banal mais fondamental, et encore loin d'être véritablement inscrit dans les pratiques ».

LE CSTS MODE D'EMPLOI

Créé en remplacement du Conseil supérieur de service social, le Conseil supérieur du travail social a été institué par décret en juillet 1984. Réformé en 1993, dans la foulée du plan Bianco sur le travail social, il est présidé par le ministre des Affaires sociales et compte actuellement 68 membres représentant : les différents ministères concernés, les collectivités publiques, les organismes de sécurité sociale, les organisations syndicales de salariés, les organismes de formation, les usagers et les utilisateurs de travailleurs sociaux. Il compte également un petit nombre de personnes qualifiées.

Manque de moyens

Toujours est-il que si, pour la plupart de ses membres, le bilan du CSTS apparaît plutôt positif, beaucoup dénoncent un manque de moyens techniques et financiers. Une difficulté déjà soulignée lors des précédents mandats. « Un travail important a été accompli sur des questions essentielles pour le secteur, reconnaît ainsi Jean-Claude Valette, mais il est dommage que les membres du CSTS ne bénéficient pas d'un réel appui en temps et en moyens. En particulier nos militants, qui ne sont pas forcément des permanents et pour qui la participation aux groupes de travail réclame un véritable investissement personnel. » Autre problème qui n'a toujours pas trouvé de solution : la lourdeur du système, liée au nombre très important d'organisations représentées. Ce qui ne facilite guère les discussions en assemblée plénière et les prises de position collectives sur les grands thèmes d'actualité. Même si Jacques Ladsous considère, pour sa part, que le Conseil a pu trouver son rythme « en dépassant la confrontation traditionnelle entre organisations » et si Pierre Gauthier, directeur de l'action sociale, se dit « frappé par la qualité du dialogue ». Estimant, en outre, que le travail en groupes restreints « a donné lieu à des rapports d'une excellente moyenne ».

Le principal reproche adressé au CSTS demeure cependant de n'avoir que peu d'influence sur l'élaboration et la mise en œuvre des politiques sociales. « La faiblesse du système, c'est que l'on voit rarement directement l'influence que le Conseil peut avoir sur la direction de l'action sociale  (DAS)  », déplore ainsi Gabriel Thollet, regrettant, en outre, que l'Assemblée des présidents de conseils généraux n'occupe pas, ou peu, le siège dont elle dispose. Quant à la CGT, elle déplorait, le 9 février en séance plénière, que les préconisations du CSTS « restent des vœux pieux ». La question du rôle du Conseil est ainsi une nouvelle fois posée. Pour certains, il devrait adopter une attitude un peu plus offensive vis-à-vis des pouvoirs publics. Pour d'autres, il a d'abord vocation à mener un travail de fond en vue de clarifier les références du travail social. « Le secteur a changé à la fois en intensité et en diversité. Les modèles éclatent dans tous les sens. C'est là que les références peuvent devenir extrêmement importantes, si l'on souhaite rester disponible pour ceux qui en ont besoin tout en gardant son cap », considère Jacques Ladsous. D'où, pour lui, la nécessité de diffuser le plus possible les rapports, reconnaissant les efforts faits aujourd'hui en ce sens par la DAS. Car, pour Pierre Gauthier, pas question, comme ce fut trop longtemps le cas, que cette littérature grise n'atterrisse « sur une étagère, une fois terminée ».

Violence, différences culturelles et déontologie

Le prochain CSTS devrait probablement privilégier l'orientation actuelle en poursuivant une réflexion sur les fondements du travail social. C'est en tout cas ce que souhaite son vice-président : « J'ai le sentiment que les travailleurs sociaux ont parfois tendance à s'enfermer dans une certaine nostalgie et à simplifier les choses. Le CSTS doit les aider à être plus dans leur siècle. » A cet effet, le ministre des Affaires sociales devrait tracer quelques pistes de réflexion pour les trois années à venir. Proposé par plusieurs organisations, le thème de la violence dans le travail social paraît ainsi incontournable. Autre sujet souvent évoqué : les différences culturelles. « Comment tenir compte de l'identité des usagers ? Je crois que l'intégrisme se développe sur un fond de non-respect total des gens. Or, nous faisons des propositions sur le plan social qui ne tiennent pas suffisamment compte des racines et des origines des gens », s'enflamme Jacques Ladsous, particulièrement attaché à ce thème. Enfin, le CSTS devrait travailler, à son tour, sur la déontologie (5). « Le travail de l'ANCE est certes très important mais il n'épuise pas le sujet », estime Pierre Gauthier. Lequel, en revanche, ne paraît guère enthousiamé par l'idée de Jacques Ladsous de réfléchir à la sexualité dans le travail éducatif. S'il reconnaît l'importance de cette question, il y a, selon lui, d'autres priorités.

Jérôme Vachon

JACQUES LADSOUS : UNE VIE D'ÉDUCATEUR

« Je ne sais toujours pas en quoi un éducateur peut être spécialisé », interroge Jacques Ladsous, l'air malicieux. Il sait pourtant de quoi il parle : à 69 ans, cet ancien résistant est une mémoire vivante de l'éducation spécialisée tant sa vie professionnelle se confond avec l'histoire, brève mais mouvementée, de ce métier né dans les soubresauts de la dernière guerre. Enseignant, éducateur, militant associatif (CEMEA, ANEJI, ANCE), formateur, directeur d'établissement et de CREAI..., Jacques Ladsous, actuel vice-président du Conseil supérieur du travail social (CSTS), a une vie bien remplie. Aucune trace de lassitude, pourtant, dans ses yeux vifs que souligne un collier de barbe blanche soigneusement taillé. Lui qui participa dès le début, en 1985, aux travaux du CSTS, se dit même prêt à rempiler pour trois années supplémentaires. Mais ce sera la dernière fois, promis, juré !Il débute en 1947, à Montpellier, dans l'un des tout premiers centres d'observation pour mineurs délinquants. Trois ans plus tard, il décroche, en cours d'emploi, son diplôme d'éducateur spécialisé. Depuis, il n'a occupé aucun poste plus de six années consécutives. La « mer étale » ne l'intéresse pas. Seules la difficulté et la nouveauté le stimulent. Ce dont il se félicite aujourd'hui : « Je n'ai jamais été en situation d'usure, de lassitude ou de dévalorisation professionnelle. » Ainsi, après avoir passé plusieurs années en Algérie (et en avoir été expulsé par l'armée française en 1958), il en revient farouche partisan du respect des différences culturelles. Plus tard, devenu responsable d'un foyer pour adolescents difficiles, il s'interroge sur la fonction de direction : « Un directeur ne peut pas se prévaloir uniquement de la hiérarchie, même si à certains moments il doit trancher pour que les gens respirent. Il n'y a rien de plus emmerdant qu'un directeur qui ne décide pas. » Au sein du CSTS, il occupe une place centrale, participant à tous les groupes et maintenant le lien entre eux. « C'est une synthèse vivante », dit de lui Pierre Gauthier. Autre trait marquant du personnage : sa capacité à diriger sans contraindre. « Il est profondément démocrate et ouvert, tout en acceptant de jouer son rôle d'arbitre », explique Gabriel Thollet, de la CFDT-Santé sociaux. A côté du CSTS, il ne manque pas d'activités. Entre autres, celle de conseiller municipal de Meudon (Hauts-de-Seine) sur une liste de gauche. Il prépare également son 13e ouvrage - Le concerto pédagogique  -, dans lequel il tente de faire la synthèse de plus de 50 années d'expérience pédagogique. Une gageure... Avec, au fond de lui, une certitude : « Je crois que l'on ne peut être dans le travail social que si l'on est conscient de soi-même et de sa propre identité. C'est seulement de cette façon que l'on peut aider les gens à devenir également eux-mêmes. C'est-à-dire à être capables de choisir. » J. V.

Notes

(1)  Voir ASH n° 1962 du 16-02-96.

(2)  Voir ASH n° 1944 du 13-10-95.

(3)  Voir ASH n° 1961 du 9-02-96.

(4)  Voir ASH n° 1923 du 21-04-95.

(5)  Voir ASH n° 1978 du 7-06-96,19 et 21.

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