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La parole aux jeunes placés sur mesure de justice

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Quel est l'impact du placement sur les jeunes ? Comment ces derniers le vivent-ils ? Une étude a analysé la situation de 121 jeunes, de 16 à 21 ans, placés sur mesure de justice dans une famille, en internat, ou accueillis en appartement semi-autonome (1).

Première question à laquelle s'est intéressée l'analyse à partir de l'examen des dossiers et d'entretiens réalisés avec les travailleurs sociaux : comment le comportement des jeunes a-t-il évolué au cours du placement ? D'abord, ces derniers sont en majorité (huit sur dix) issus de famille séparée ou monoparentale. Et tous ont déjà fait l'objet, auparavant, de mesures de placement ou suivi. Pour la plupart, ils sont retirés de leur foyer à cause de l'attitude « abandonnique » ou violente de leurs parents ou à la suite de problèmes d'alcoolisme, voire de drogue, de l'un d'entre eux. Il apparaît qu'au cours du placement, ils améliorent leurs relations avec les personnels de l'association, les autres adolescents et les institutions. Celles avec leur famille d'origine ne progressant que plus faiblement et tendant même à se détériorer après la prise en charge. Autre constat : s'ils parviennent à se débrouiller au quotidien, ces jeunes restent dans l'ensemble psychologiquement fragiles. En tout cas, le placement semble favoriser la poursuite d'études (CAP, BEP, Bac...) ou stabiliser la scolarité. Néanmoins, si l'état de santé général s'améliore, le suivi psychothérapeutique reste faible, faute d'assiduité aux rencontres avec les psychologues.

Mais surtout, l'étude a cherché à connaître le point de vue des jeunes sur les différents placements. 51 d'entre eux, encore placés ou sortis, ont été interrogés. C'est ainsi qu'en internat, ils considèrent certains aspects de la vie quotidienne comme positifs : possibilité d'obtenir des interventions individualisées (cours particuliers...), grand nombre de loisirs et de sorties, maintien des liens avec la famille d'origine. Par contre, ils jugent la vie collective « quelquefois pesante », regrettant la difficulté à s'isoler ou encore à avoir des relations durables avec d'autres jeunes en raison des évolutions des situations de placement. Quant à la famille d'accueil, elle est souvent appréciée pour « la chaleur affective », les relations qui peuvent se prolonger après la fin de la prise en charge et qui témoignent « d'un certain investissement affectif de part et d'autre ». A l'inverse, sont mal vécus les conflits qui peuvent se produire et inciter les adolescents à demander un hébergement en internat, les changements de famille ou certains événements intervenant au sein du foyer (divorce, décès...), considérés comme « déstabilisants ». Enfin, en appartement semi-autonome, les jeunes hébergés, souvent plus âgés que les autres, apprécient la situation d'indépendance, une certaine autonomie et la possibilité de gérer librement leurs relations avec leur famille d'origine. Mais ils expriment un sentiment d'isolement et des inquiétudes sur leurs études et leur avenir, en raison des incertitudes liées à la continuité ou non de la prise en charge et aux difficultés financières qui peuvent en découler.

En conclusion, l'analyse relève « un certain nombre de points positifs concernant le rôle structurant des interventions socio-éducatives » proposées :amélioration de l'état de santé, continuité de la scolarité, acquisition d'une certaine maturité. Néanmoins, elle pointe la limite des placements en famille d'accueil, la fragilité psychologique persistante des jeunes et leur difficulté à stabiliser leurs relations avec leur famille d'origine. Renvoyant, notamment, à la nécessité de réfléchir à d'autres modes d'intervention que les démarches psychothérapeutiques classiques et au « développement d'une fonction d'accompagnement social au-delà de la période de placement » à titre préventif.

Notes

(1)  Réalisée dans le cadre d'une démarche d'évaluation effectuée à la demande de l'association Les nids (Seine-Maritime) par le Centre interrégional associé au CEREQ de l'université de Rouen : 39, rue Jacques-Boutrolle - 76130 Mont-Saint-Aignan - Tél. 35.89.00.94.

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