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Pauvretés en prison : un rapport accablant

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« Non seulement les pauvres entrent-ils plus facilement en prison que les riches mais, de plus, ils en sortent plus difficilement après avoir vécu une détention plus rigoureuse. Aussi reste-t-on perplexe quant à la capacité présente, mais peut-être aussi à venir, des services sociaux à infléchir cette tendance », tant la pauvreté paraît être « une caractéristique fondamentale de l'institution ». Tel est le constat dressé par un rapport du Centre de sociologie de l'éducation et de la culture sur les Pauvretés en prison, à la demande du ministère de la Justice (1).

Cette recherche réalisée, en février 1995, sur sept établissements (2)  -trois maisons d'arrêt, un centre pénitentiaire, deux centres de détention et une centrale - et à partir d'entretiens auprès des détenus et des membres du personnel de l'administration pénitentiaire, dresse un état des lieux accablant sur la réalité carcérale. Si elle rappelle que la prison reçoit en majorité les populations les plus démunies, un constat aujourd'hui largement démontré, elle met surtout en évidence que loin d'adoucir les situations de précarité, l'incarcération les accentue, maintenant les personnes dans une situation de dépendance.

Non seulement les ressources offertes par les établissements (travail, formation, soins, scolarité, activités socio-éducatives...) sont limitées, parfois même très limitées (en particulier dans les maisons d'arrêt), mais elles sont plus facilement accessibles aux détenus les moins défavorisés. Notamment parce qu'ils possèdent déjà un capital économique, social et culturel. Sachant que la nationalité, le sexe, l'âge, la nature de l'infraction ou encore la catégorie pénale viennent encore renforcer ou non cette inégalité d'accès. C'est ainsi que le détenu pauvre, privé de ressources extérieures, confronté à la difficulté de travailler, se retrouve dans une situation de « mendicité » vis-à-vis de l'administration. Ce qui le stigmatise doublement (en tant que détenu et quémandeur).

En outre, les victimes de rackets ne sont pas, sauf exception, les détenus les plus riches qui savent mieux se défendre  mais souvent les plus vulnérables en raison de leur jeunesse, de leur manque d'expérience de la culture carcérale ou de leur délit jugé « honteux ». Ce sont également les plus pauvres qui vont souffrir d'un transfert vers une autre prison qui peut, « en les éloignant un peu plus de leurs proches, provoquer des ruptures ». L'étude relevant également que, « tendanciellement », ceux-ci bénéficient moins facilement des remises et aménagements de peines. Il apparaît ainsi que «  les pauvres en prison vivent une peine plus rigoureuse que les riches  ». Même si les agents de l'administration pénitentiaire n'ont pas la même attitude envers les « bons pauvres » ( « les détenus dociles » ) et les « mauvais pauvres » (voleurs issus de banlieue, enfants d'immigrés, toxicomanes...).

Quant aux travailleurs sociaux, « a priori les partenaires privilégiés » des plus démunis, ils ne peuvent guère assumer efficacement leur mission, est-il relevé. Peu nombreux, débordés, sans moyens, confrontés à une multiplication des rôles (préparation aux commissions d'application des peines, rapports avec les familles, négociations avec les douanes), ils sont obligés d'opérer une sélection. Et certains détenus ne les voient quasiment pas. « Un souci d'efficacité et les limitations budgétaires qu'ils connaissent poussent parfois les travailleurs sociaux à investir dans la pauvreté “rentable” ou “modérée”, les situations de grand dénuement impliquant un coût disproportionné par rapport aux résultats médiocres qu'on peut escompter », note ainsi la recherche. Laquelle s'interroge sur une justice qui n'assure pas « un quotidien carcéral égal pour tous ».

Notes

(1)  Pauvretés en prison - Anne-Marie Marchetti - Centre de sociologie de l'éducation et de la culture - Disponible sur demande à la Mission de recherche droit et justice : 153, rue de Rome - 75017 Paris - Tél.  (1)  44.01.89.00.

(2)  Deux d'entre eux appartiennent au programme 13 000.

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