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...Christian Bachmann sur la politique de la ville

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Alors qu'Alain Juppé vient de présenter son « pacte de relance pour la ville », deux chercheurs, Christian Bachmann et Nicole Leguennec, dressent, dans leur ouvrage sur les Violences urbaines  (1), le bilan des 15 premières années de la politique de la ville. Un constat plutôt pessimiste.

ASH  : La montée des violences urbaines signe-t-elle l'échec de la politique de la ville ? C.B. : On ne peut pas parler d'échec sans décrédibiliser l'ensemble de l'entreprise. Or, quand on fait quelque chose par rapport à des populations et des lieux en difficulté, c'est toujours bien. En revanche, à l'évidence, l'efficacité de ce que l'on a appelé la politique de la ville n'est absolument pas à la hauteur des grandes déclarations des années 80 et 90. Dans le meilleur des cas, elle n'a pu qu'amortir la chute de certains territoires, mais elle n'a pas renversé la vapeur. D'ailleurs, je pense que la politique de la ville ne fait pas partie des grandes priorités politiques. Il y a, en effet, une trop grande différence entre les déclarations d'intention et la réalité. Ainsi, les chômeurs et les mal-logés ne sont pas prioritaires. Laissés-pour-compte de l'économie, ils n'ont aucune représentation politique ou associative alors que la politique clairement affichée consiste à mettre en cause les minima sociaux, la protection sociale et le salariat. ASH  : La politique de la ville est donc une mission impossible ? C.B. : En ce moment, oui. Dans les années 70, il y avait une politique de construction parce qu'il fallait bien loger les gens qui venaient travailler dans les usines. A l'heure actuelle, il n'y a vraiment aucune raison politique pour que l'on investisse massivement dans les banlieues. Bien au contraire. La tendance internationale étant à la multiplication du travail précaire, on ne donnera aux jeunes des banlieues que des sous-emplois, sous-payés et sous-protégés. Dans ces conditions, la politique de la ville ne peut être qu'un amortisseur. Et elle pourrait être plus efficace si les associations et les professionnels du social ou de l'école poussaient de temps en temps des hurlements. Mais, à l'heure actuelle, on n'a qu'une pauvre béquille. ASH  : Quelles pistes peut-on imaginer pour éviter une relégation définitive des banlieues ? C.B. : Les pouvoirs publics oscillent entre deux solutions. D'un côté, on a des proclamations sur le retour de l'Etat avec, par exemple, les emplois de proximité ou le service national ville... C'est-à-dire des politiques de relance étatique. De l'autre, et c'est nouveau dans le pacte de relance, on voit apparaître une solution à l'anglaise ou à l'américaine, consistant à faire appel aux initiatives privées et à encourager une sorte de capitalisme du pauvre. Une solution qui, à l'expérience, ne fait guère que recréer des inégalités au sein des secteurs défavorisés. Actuellement, il n'y a pas d'autre piste. Néanmoins, toutes les mesures prises en faveur d'une discrimination positive sont intéressantes. De même, il serait nécessaire de développer un véritable soutien aux associations, sans chercher à les contrôler ou à les instrumentaliser, ainsi qu'un appui très fort aux professionnels. ASH  : Justement, quelle place peuvent occuper les travailleurs sociaux ? C.B. : Elle est tout à fait centrale. Il y a un nouveau cadre d'exercice du métier avec de nouvelles connaissances qu'il faut savoir reconnaître. De même, il est important d'écouter les professionnels. Mais il ne faut pas leur raconter qu'ils sont mauvais s'ils n'arrivent pas à insérer ou à faire du développement social. C'est une tâche ouvertement impossible en ce moment, étant donné les règles du jeu international. En outre, la politique de la ville est devenue un tel labyrinthe bureaucratique que personne ne peut s'y retrouver. On rafistole et ce sont les professionnels qui, en bout de chaîne, font les frais de l'opération. Or, sur cette question, le pacte de relance n'apporte aucune réponse.

Notes

(1)  Violences urbaines - Ascension et chute des classes moyennes à travers cinquante ans de la politique de la ville - Christian Bachmann et Nicole Leguennec - Ed. Albin Michel - 160 F.

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