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Jeunes : une entrée toujours plus tardive et difficile dans la vie adulte

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« Entrer dans la vie adulte c'est, le plus souvent, quitter ses parents, fonder une famille et accéder à une certaine stabilité sur le marché du travail », rappelle fort justement l'Insee en introduction à son enquête « Jeunes » publiée le 22 août (1). Or, cette vaste étude, réalisée en mars 1992 auprès de plus de 9 000 personnes âgées de 18 à 29 ans, montre combien ce schéma classique est aujourd'hui bousculé, en raison de l'allongement de la période de transition marquant la fin de l'adolescence et l'entrée dans la vie adulte. Un constat global qui masque cependant d' importantes disparités en fonction de l'âge, de la situation familiale ou du niveau de formation.

Première observation : il y a 20 ans, un emploi sur trois était occupé par un jeune de moins de 30 ans. On en compte aujourd'hui à peine un sur cinq.De même, deux chômeurs sur cinq ont moins de 30 ans, le risque de chômage étant deux fois plus élevé pour les jeunes que pour les adultes de 30 à 49 ans. Outre les réels problèmes d'accès à l'emploi, cette moindre présence des jeunes sur le marché du travail s'explique en partie par l'allongement des études, l'obtention d'un diplôme étant désormais considérée comme un véritable sésame pour l'emploi. Ainsi, à 21 ans, la moitié des jeunes poursuivent leurs études alors que cet âge médian se situait à 18 ans en 1975.

Conséquences, entre autres, de cette situation : le départ du domicile parental est différé (la moitié des jeunes vivent encore chez leurs parents à 23 ans) et la vie en couple retardée. Dans ce domaine, le niveau d'études semble d'ailleurs cristalliser les différences. Ainsi, les jeunes femmes les moins diplômées s'engagent plus précocement dans la vie de couple alors que celles qui bénéficient d'un niveau de formation plus élevé suivent sensiblement la même trajectoire que les hommes : à savoir une entrée tardive dans la vie familiale. En outre, pour les femmes, le fait d'avoir une mère qui n'a jamais travaillé, un bas niveau d'études ou un époux cadre renforcent la probabilité d'inactivité. Ce qui tend à expliquer que la durée moyenne entre la fin de la scolarité et la naissance du premier enfant soit d'un peu plus de huit ans pour les hommes et d'un peu moins de six ans pour les femmes, même si l'écart entre les taux d'activité féminins et masculins ne cesse de diminuer.

Au-delà de ces différences, beaucoup de jeunes, quel que soit leur niveau de formation, connaissent une insertion professionnelle longue et difficile, souvent mar-quée par le chômage et la précarité. « L'âge et l'ancienneté sur le marché du travail sont des facteurs d'insertion déterminants, comme l'est le diplôme », rappellent à ce propos les enquêteurs, précisant que la stabilité de l'emploi s'améliore après 25 ans. D'où la dépendance financière dans laquelle se trouvent les 18-29 ans, plus instruits mais aussi plus pauvres qu'autrefois. Leur situation financière s'est en effet dégradée entre 1987 et 1994. De fait, qu'ils vivent chez leurs parents ou dans un logement indépendant, 30 % des étudiants âgés de 20 à 25 ans figurent parmi les ménages au niveau de vie le plus faible. Dans ce contexte difficile, une aide financière familiale, quand elle est possible, est souvent déterminante. Celle-ci se poursuivant souvent après la fin de la scolarité. De même, le poids des revenus de transfert (prestations familiales et de logement, assurance maladie, indemnités chômage, RMI...) tend à augmenter pour les ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans (en 1990, ces transferts dépassaient la moitié du revenu disponible pour 60 % de ces ménages).

Enfin, l'enquête de l'Insee analyse l'impact de deux facteurs spécifiques concernant l'insertion professionnelle des jeunes : le service national et la mobilité géographique. Là aussi, les situations apparaissent contrastées, voire inégales. Car, lors de leur passage sous les drapeaux, près du tiers des appelés n'ont pas accès aux ressources éducatives offertes par l'armée alors que d'autres les cumulent. Cependant, pour près de la moitié des conscrits, le service national ne modifie en rien, à terme, leur statut en matière d'emploi. Pour certains néanmoins, notamment les jeunes titulaires de CAP ou de BEP, l'expérience acquise à l'armée constitue un avantage pour leur avenir professionnel. Quant à la mobilité géogra- phique, elle concerne un jeune sur cinq entre 20 et 24 ans. Ce sont les hommes qui migrent le plus loin, surtout pour des motifs professionnels, alors que les femmes se déplacent à courte distance et souvent lors de leur installation en couple. Conséquence : la mobilité géographique a peu d'impact pour celles-ci.En revanche, on compte moins de chômeurs parmi les hommes ayant déménagé, cette migration coïncidant fréquemment avec la première insertion dans un emploi stable.

Notes

(1)   « Les trajectoires des jeunes : transitions professionnelles et familiales » - Economie et statistique n° 283-284 - Disponible à la librairie de Insee info service : Tour Gamma A - 195, rue de Bercy - 75012 Paris - ou dans les directions régionales de l'Insee - 92 F.

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